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La mise à jour de cette notice
a été faite par M. Boubacar Issa Abdourhamane,
doctorant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
LAngola est un pays qui na jamais rompu avec la guerre depuis le début de la lutte armée de libération en 1961, à laquelle a succédé la guerre civile qui oppose depuis 1975, date de lindépendance, le Mouvement populaire de libération de lAngola (MPLA) au pouvoir et lUnion nationale pour lindépendance totale de lAngola (UNITA) de Jonas Savimbi. De ce fait, le processus démocratique en Angola est subordonné au processus de paix qui nen finit pas dêtre remis en cause. Il ny a pas eu de Conférence nationale en Angola, mais une simple "Conférence multipartidaire" qui a tenu une seule session, et dont les recommandations nont pas été considérées impératives par le pouvoir.
Ce sont les accords de New-York signés en décembre 1988 entre lAngola, Cuba et lAfrique du Sud conduisant à lindépendance de la Namibie, qui permirent en 1990 à Lisbonne, louverture de pourparlers entre lUNITA et le gouvernement du MPLA sur la base du départ complet des troupes cubaines en mai 1991. LONU adopte la résolution 626 constituant la mission de vérification des Nations Unies en Angola (UNAVEM I, comprenant 70 observateurs). En décembre 1990, le MPLA annonça une modification de la Constitution permettant aux partis dopposition de se constituer mais qui ne fut promulguée quen mars 1991. Cependant, ce multipartisme naissant fut en partie étouffé par le simple bipartisme établi par la signature des Accords de paix de Bicesse (Portugal) le 31 mai 1991, précédés des accords dEstoril (Portugal) le 1er mai 1991 par lesquels était prévue lorganisation délections en 1992. Ces accords maintenaient le pouvoir gouvernemental et toutes ses ressources pour le seul MPLA, mais instituaient une Commission conjointe politico-militaire paritaire, MPLA-UNITA à lexception de tout autre parti ou association. Cette CCPM était chargée de tout ce qui concernait lapplication des Accords de Bicesse et était chapeautée par une troïka États-Unis/Portugal/Russie et "observée" par une mission renforcée des Nations Unies, lUNAVEM II, comprenant environ 500 à 1000 personnes selon les moments.
En fait, les deux parties eurent tout loisir de ne pas appliquer les règles édictées à Bicesse (en particulier la démilitarisation, la démobilisation et la formation dune armée unifiée) face à une UNAVEM au mandat politique faible et dépourvue de moyens humains conséquents (moins de 500 personnes permanentes), et à une troïka tenant uniquement à ce que les élections aient lieu à la date fixée. Favorite encore six mois avant les élections, lUNITA commit lerreur de garder un comportement militaire et menaçant face aux civils, repoussant une partie des mécontents en faveur du vote MPLA. Ce dernier utilisa à plein les ressources de lEtat et fut bien conseillé par une société de marketing brésilienne. Les premières élections pluralistes se déroulent fin septembre 1992. Le MPLA remporte 53,7% des suffrages contre 34,1% pour lUNITA. Le président José Eduardo Dos Santos obtient 49,4% des suffrages contre 40,1% pour Jonas Savimbi. Malgré le satisfecit des observateurs de lONU, lUNITA refuse de reconnaître les résultats, ce qui a pour conséquence, la reprise de la guerre civile en octobre 1992.
Il faut noter que lUNITA commençait à être discréditée sur la scène internationale (notamment aux Etats-Unis) par la défection en mars 1992 de deux de ses dirigeants, les généraux Miguel NZau Puna et Tony da Costa Fernandes, tous deux de Cabinda, qui révélèrent depuis Paris les assassinats en 1991 de Tito Chingunji et Wilson dos Santos, représentants du mouvement aux Etats-Unis et au Portugal. Le refus de LUNITA de respecter le processus lui vaudra un embargo sur les armes à travers la résolution 864 du conseil de sécurité de lONU, parallèlement aux pourparlers de paix de Lusaka. Ce nest quen novembre 1994 que fut signé le protocole de Lusaka censé relancer la paix.
En février 1995, lONU crée lUNAVEM III dotée de 7000 hommes avec pour mission dassurer lapplication de cet accord. La mission de lUNAVEM fut prolongée à plusieurs reprises jusquà son remplacement par une autre mission, la MONUA en juillet 1997 avec 980 personnes. Un gouvernement dunité nationale est mis en place avec des membres de lUNITA et un statut spécial pour Savimbi. Cependant, la tension reprend rapidement entre les deux parties. LUNITA freine le désarmement de ses troupes. Le gouvernement dunité vole en éclats à la suite de troubles dans lesquels nombre des représentants de lUNITA sont tués à Luanda. La guerre reprend et sintensifie à partir de mars 1998 et se poursuit, conduisant le président Dos Santos à sattribuer en janvier 1999 les pleins pouvoirs (suppression du poste de Premier ministre, recrutement massif dans larmée...) pendant une période dite exceptionnelle en vue de lutter contre lUNITA dont les soutiens se sont certes amenuisés, mais qui sest constituée dénormes réserves de fonds grâce au diamant. LONU a décidé, en février 1999, le retrait de la MONUA dAngola en raison de la logique de guerre qui anime à présent totalement les deux parties. Elle a ensuite décrété un embargo contre lUNITA depuis juin 1999 en vue dempêcher la vente des diamants provenant des zones sous contrôle rebelles qui servent à financer la guerre par les achats darmes. En novembre 2000, le parlement dominé par le MPLA, parti au pouvoir, a voté une loi damnistie générale qui sapplique aux rebelles et à leur Chef, Jonas Savimbi. Lopposition civile doute de lefficacité dune telle mesure pour le retour de la paix. Elle serait plutôt favorable à louverture de négociations directes avec Savimbi. Elle exige en outre la tenue délections législatives, le mandat de lactuelle parlement installé depuis 1992 ayant été déjà prorogé deux fois (1996 et 2000) par décret présidentiel en raison de limpossibilité dorganiser des élections dans un contexte de la guerre civile.
La Constitution du 11 novembre 1975 a été révisée le 7 janvier 1978, le 11 août 1980, le 6 mars 1991 (loi de décembre 1991, pluralisme), le 26 août 1992 et en juillet 1995. La République dAngola est un Etat unitaire et indivisible qui promeut la solidarité économique, sociale et culturelle pour le développement de la nation entière par lélimination du régionalisme et du tribalisme.
Le Président de la République est élu pour cinq ans (lactuel président, José Eduardo dos Santos, élu le 30 septembre 1992, avait été nommé par le MPLA le 21 septembre 1979, suite à la mort de son fondateur Agostinho Neto, et reconduit à ce poste le 9 décembre 1985). Le Président est doté de pouvoirs considérables. Il est le chef de lEtat, du gouvernement et des Forces armées, il nomme le Premier ministre et les ministres ainsi que dautres officiels désignés par la loi, nomme les juges de la Cour Suprême, préside le Conseil des ministres, signe, promeut et publie les lois de lAssemblée et les décrets des ministres, préside le Conseil national de défense, décrète létat de siège et létat durgence, annonce la tenue des élections générales, amnistie et commue les peines.
Le poste de Premier ministre, aboli en 1977, a été rétabli en juillet 1991, puis supprimé en janvier 1999 pour une période exceptionnelle liée à la reprise de la guerre civile. Le conseil des ministres est responsable devant lAssemblée nationale.
Malgré la nature présidentialiste du régime, officiellement lorgane suprême de lEtat est un Parlement monocaméral. LAssemblée nationale de 220 députés (plus 3 pour lémigration, non attribués) est élue pour quatre ans. Mais en raison de la guerre civile, lAssemblée na pas été renouvelée depuis sa première installation en 1992. Elle siège en session ordinaire deux fois par an et en session extraordinaire à la demande du président de lAssemblée, de la Commission permanente de lAssemblée ou dau moins un tiers des députés. LUNITA (à lexception de quelques dissidents) na pas occupé les sièges de députés auxquels elle avait droit. Suite à la reprise de la guerre, les petits partis dopposition se sont pour la plupart ralliés au MPLA ou ont été pratiquement réduits au silence. LAngola connaît de fait, un système monopolisé par le MPLA, le parti dominant.
La Cour constitutionnelle (tribunal constitucional) est lorgane compétent en matière constitutionnelle. Il est composé de sept juges désignés pour un mandat unique de sept ans pendants lesquels ils sont inamovibles. Il statue en matière de contrôle de constitutionnalité des lois et traités internationaux, en matière de certains conflits dattributions entre institutions. Trois des membres, dont le président de la cour, sont nommés par le Président de la République, trois par l'Assemblée Nationale et un par la plénière de la Cour Suprême.
Le système légal est fondé sur la tradition du droit civil portugais qui a survécu malgré la période "marxiste-léniniste" et des traits du système coutumier.
La réforme de la justice est en cours. Il y a une Cour Suprême (Tribunal supremo) et une Cour dappel à Luanda, ainsi que des tribunaux de première instance. Le conseil supérieur de la magistrature est chargé de garantir lindépendance de la justice et de statuer sur les questions disciplinaires concernant les magistrats. Le conseil est présidé par le Président de la Cour Suprême. La peine de mort a été abolie en 1992. Cette séparation des pouvoirs et cette indépendance formelle de la justice sont toutefois limitées par le quasi-monopole politique exercé par le MPLA.
Malgré limmensité du territoire et lhétérogénéité ethnique, lAngola est un Etat politiquement centralisé, les guerres successives empêchant cependant ladministration réelle de vastes étendues. Même à Luanda, il ny a pas de municipalité élue, seulement une sorte de préfecture. Les gouverneurs de provinces nont aucune autonomie. Ils sont responsables devant le Président de la République, le Conseil des ministres et les assemblées provinciales. Il y a 18 provinces qui sont elles-mêmes divisées en 139 districts. Elles étaient dotées dassemblées provinciales de 55 à 85 membres, dépourvues de pouvoirs réels. Cependant le mandat de ces assemblées provinciales a cessé avec la fin de lAssembleia do Povo nationale en 1992, et elles nont été remplacées par aucune autre forme délections provinciales. La tendance est donc à laccentuation de ladministration directe des provinces par lEtat central, dautant que les quelques postes de gouverneurs de province accordés à lUNITA dans le cadre des accords de Lusaka ne lont pas été sur la base de linfluence de ce parti mais, au contraire, de sa faiblesse dans telle ou telle province. La reprise de la guerre civile a occasionné une lutte dinfluence pour le contrôle et ladministration du territoire, lUNITA mettant tout en oeuvre pour reprendre les localités quelle avait rendues au gouvernement dans le cadre de la mise en oeuvre des accords de paix.
LAngola compte une quarantaine de partis ou associations politiques. Dix-huit partis ont participé aux élections des 29-30 septembre 1992 et douze sont représentés au Parlement. Avec une participation denviron 90% des 4.862.748 électeurs recensés, le MPLA remporta 53,7% des suffrages pour 34,1% à lUNITA, soit 129 sièges et 70 sièges respectivement (divers petits partis se partageant les 21 sièges restants) ; aux présidentielles, parmi douze candidats, Eduardo dos Santos (MPLA) remporta 49,57% des voix contre 40,07% à Jonas Savimbi. Pour mémoire, on peut citer dautres partis : le PRD, le PDLA, le PSDA, le FNLA, le PRA, le FDA, le PDA, le CNDA, le PNDA...
LUNTA (União nacional dos trabalhadores angolanos) la centrale unique courroie de transmission du MPLA sest adjointe le nom de Confederação Sindical (UNTA-CS). Profondément reprise en main suite au coup dEtat de mai 1977, elle na joué quun rôle mineur. En son sein elle unit des Sindicatos nacionais par branche et province, et des Uniões par province. Les grèves récentes nont pas été organisées par elle. En septembre 1995 elle a déposé un préavis de grève générale auprès des autorités de Luanda mais, bien que nayant reçu aucune réponse, ny a pas donné suite. Reçus par le Président de la République à loccasion du Nouvel An 1996, ses dirigeants ont confirmé quils navaient pas obtenu satisfaction mais quils ne feraient... rien.
Cependant, il y a trois syndicats libres. Dune part des journalistes ont rompu avec lofficielle UJA (União dos Jornalistas de Angola) et ont fondé le SJA (Sindicato dos Jornalistas Angolanos). Dautre part, le syndicat enseignant SINPROF (Sindicato nacional dos professores) est apparu en dehors de lUNTA sur la base dune longue grève des professeurs et paraît la formation syndicale la plus active du pays. La grève reprend fréquemment. Enfin le secteur de la santé (grèves nombreuses en 1995 et 1996) a une forte vitalité revendicative, qui sest traduite par lapparition dun Sindicato dos Enfermeiros.
Officiellement, la Constitution reconnaît la pleine liberté dexpression, de croyance, de manifestation et dassociation à lexception des groupes militaires et paramilitaires, affirme la présomption dinnocence, le droit au travail, à la santé et à léducation. Tout citoyen de plus de 18 ans peut élire et être élu.
La loi n°12/91 de mars 1991 a établi officiellement lEtat de droit et le pluralisme et a été complétée en mai par les lois 13/91 (loi de la nationalité), 14/91 (loi sur les associations), 15/91 (loi sur les partis politiques), 16/91 (loi sur le droit de réunion et de manifestation), 17/91 (loi sur létat durgence et létat de siège), 22/91 du 15 juin 1991 (loi sur la presse) et 23/91 (loi sur le droit de grève). En bien des points, les Accords de Bicesse ont signifié un recul sur ces avancées démocratiques. Néanmoins, certaines ONG ont pu se développer. Il existe une Association angolaise des droits de lhomme, proche du pouvoir.
Amnesty International ou Africa Watch dénoncent régulièrement de très graves atteintes aux droits de lhomme tant du côté du gouvernement que de lUNITA.
La loi sur la presse du 15 juin 1991 a rétabli la liberté de la presse, de la radiodiffusion et de la télévision, supprimée en 1976. Le contrôle du gouvernement sur les médias reste cependant étroit, y compris sur certains journaux dits indépendants. Aucun parti politique dopposition na réussi à trouver une imprimerie acceptant de faire des travaux pour eux. Un seul parti, le PSDA, a tenté un moment de diffuser un journal, O Batuque, imprimé à Kinshasa. La presse de lUNITA, évidemment interdite suite à la reprise de la guerre nest pas commercialisée dans les zones gouvernementales (tout comme celle du MPLA ne pénètre pas les zones de lUNITA).
Il y a divers journaux, dont certains nont pas dédition régulière. Outre le Diário da República (C.P.1306, Luanda), le quotidien (pro-gouvernemental) est le Jornal de Angola (C.P.1312, Luanda). Il y a des bihebdomadaires : Jornal de Benguela (C.P.17, Benguela), O Planalto (C.P.96, Huambo) ; des hebdomadaires : Angola Norte (Malanje), Comercio Actualidade (Luanda) qui a publié des articles sur la corruption, le Correio da Semana de João Melo qui accepte de publier les communiqués de lopposition (C.P.1312, Luanda).
Parmi les revues, à noter, Lavra e Oficina (Union des Écrivains, C.P.2767), A Voz do trabalhador (de la centrale syndicale UNTA, C.P.28, Luanda). Le journal de lUNITA, Terra angolana, na jamais été imprimé à Luanda.
Il y a également des publications diffusées par fax et qui ont un rôle non négligeable. La revue indépendante ImparcialFax, créée en 1991 par un secteur critique du MPLA et qui enquêtait notamment sur la corruption et les trafics de diamants, a été détruite par lassassinat en janvier 1993 de son rédacteur en chef Ricardo de Mello et la dispersion de ses collaborateurs. En 1993 est née la Folha 8 de William Toinet, qui est en même temps président de lAssociation angolaise des droits de lhomme (légale). En 1995 est né ActualFax, plus pro-gouvernemental.
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