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La mise à jour de cette notice a été faite par
Sory Baldé,
étudiant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
A la différence de plusieurs pays africains, le processus
démocratique en cours au Burkina Faso comporte de profondes racines historiques. Certes,
de 1960 à 1966, la Première République s'est distinguée par un régime
présidentialiste dirigé par Maurice Yaméogo qui s'appuie sur un parti unique, l'Union
Démocratique Voltaïque-Rassemblement Démocratique Africain (UDV-RDA) ; et de 1966 à
1970, le pays a connu un régime d'exception dirigé par le lieutenant-colonel Sangoulé
Lamizana. Cependant, le 14 juin 1970 une nouvelle Constitution est adoptée par
référendum. Celle-ci consacre un régime parlementaire
rationalisé avec toutefois une emprise des militaires sur le
pouvoir. Des élections législatives concurrentielles (7 partis en lice) sont organisées
en décembre 1970, pour la première fois depuis 1959. Elles sont remportées par l'ancien
parti unique qui obtient 37 sièges, les 20 sièges restant se répartissant entre trois
autres formations. Mais la majorité parlementaire est profondément divisée et le
travail parlementaire et gouvernemental paralysé par les luttes de factions, alors qu'une
terrible sécheresse s'abat sur le pays en 1974. Prenant prétexte des divisions de la
classe politique, de l'exaspération de l'opinion, du climat social et politique
délétère, les militaires interrompent le processus démocratique en mettant fin au
régime constitutionnel de la Deuxième République en février 1974.
Cette fois-ci, les militaires vont accentuer leur emprise sur le pouvoir, et tenter de s'y
installer durablement en proposant en novembre 1975 l'idée d'un parti unique, le MNR
(Mouvement National pour le Renouveau). Immédiatement on assiste à une levée de
boucliers, et devant l'opposition farouche de la société civile, les militaires vont
faire marche arrière et promettre le retour à une vie constitutionnelle normale. Après
de nombreuses consultations avec les différentes forces sociales, un référendum
constitutionnel approuve le 27 novembre 1977 une nouvelle Constitution qui jette les bases
de la Troisième République. Une loi organique du 25 mai 1979 consacre la règle du
tripartisme. Seuls ont obtenu la reconnaissance légale, les trois partis les mieux
placés à l'issue de la compétition d'avril 1978. Il s'agit de l'ancien parti unique
l'UDV-RDA, de l'UNDD (l'Union Nationale pour la Défense de la Démocratie), de l'UPV
(l'Union Progressiste Voltaïque). Mais en violation de la Constitution, les partis qui
ont obtenu quelques sièges mais qui ne figurent pas parmi les trois premiers, n'ont
nullement été dissous. Pire, certains vont même siéger à l'Assemblée et au
gouvernement. L'élection présidentielle a lieu en mai 1978. Elle est remportée par le
Général Lamizana avec un score serré puisque, pour la première fois en Afrique
subsaharienne, un président sortant est mis en ballottage, en l'espèce par M. Macaire
Ouédraogo de l'UNDD.
La vie parlementaire restera très mouvementée en raison du quasi-équilibre des forces
parlementaires entre majorité et opposition. Mais l'efflorescence de la corruption au
sein de l'élite dirigeante, la violation flagrante de la Constitution, les rivalités de
factions ainsi que la détérioration du climat social marqué par des grèves soutenues,
vont provoquer la chute de la Troisième République le 25 novembre 1980. C'est le premier
coup d'Etat militaire ouvertement putschiste en Haute Volta, qui ouvre la voie à une
cascade de coups d'Etat militaires. Ce coup d'Etat militaire est dans l'ensemble bien
accueilli et les premiers pas du CMRPN (Comité Militaire de Redressement pour le Progrès
National) sont très appréciés. Mais la déception va bientôt s'installer. Les
Voltaïques habitués au libéralisme de la période Lamizana supportent mal
l'autoritarisme du nouveau régime et ses atteintes aux libertés publiques, notamment
syndicales. Une coalition hétéroclite d'anciens et de jeunes officiers profite de
l'impopularité du régime pour organiser un coup d'Etat militaire le 7 novembre 1982.
Le nouveau pouvoir, le CSP (Conseil du Salut du Peuple) promet de rétablir une vie
constitutionnelle normale au bout de deux ans. L'institution d'un bicéphalisme débouche
sur un conflit d'autorité entre d'une part le capitaine Sankara Premier ministre aux
orientations révolutionnaires et le Chef de l'Etat, le médecin-commandant J. B.
Ouédraogo soutenu par les forces dites conservatrices. La crise est dénouée
provisoirement le 17 mai 1983 avec l'arrestation du Premier ministre. Le retour de
l'armée dans les casernes et la rédaction d'une nouvelle Constitution sont décidés par
le Chef de l'Etat.
Mais la faction dite progressiste du CSP évincée prend sa revanche en opérant le 4
août 1983 un coup d'Etat militaire. Un projet révolutionnaire privilégiant la
paysannerie est développé par le nouveau régime, le Conseil National de la Révolution
(CNR). Celui-ci, à linverse des pouvoirs précédents ne parle pas de rendre la
pouvoir aux civil. Un coup d'Etat survient le 15 octobre 1987 qui se solde par
l'assassinat de Sankara et plusieurs de ses compagnons. On assiste alors à une
réorientation stratégique de la révolution burkinabé.
Celle-ci intervient au lendemain du coup d'Etat du 15 octobre 1987. Sous les dehors d'un
mouvement de rectification le nouveau Président va progressivement mettre fin à la
révolution et appliquer une politique d'ouverture envers la société civile et les
catégories sociales naguère stigmatisées. Avec le déclassement international du
référentiel marxiste et la montée des revendications démocratiques internes, le
régime abandonne son orientation marxisante et concède la mise en uvre d'un
processus de démocratisation qu'il va contrôler avec succès. Une nouvelle Constitution
est alors adoptée par référendum le 2 juin 1991. L'opposition réunie dans une
Coordination des Forces Démocratiques (CFD) va chercher à déstabiliser le régime en
place en réclamant la convocation d'une conférence nationale souveraine. Celui-ci refuse
et concède cependant un forum de réconciliation dont les effets d'annonce vont conduire
à la division de l'opposition. Devant l'échec du forum, celle-ci boycotte l'élection
présidentielle de décembre 1991. Le Président se retrouve seul candidat en lice. Il est
élu avec 86,1% des voix, avec un taux de participation de 24%. En mai 1992, sont
organisées les élections législatives. L'opposition divisée en sort laminée, puisque
le parti présidentiel, l'ODP-MT (Organisation pour la Démocratie et le Progrès -
Mouvement du Travail) remporte 78 des 107 sièges de l'Assemblée. L'opposition se plaint
de nombreuses irrégularités, mais la Cour Suprême ne prendra aucune décision
d'annulation.
Au lendemain de la victoire écrasante de son parti, le président Compaoré va
développer une stratégie de légitimation et asseoir sa domination politique en divisant
ses adversaires et en cooptant certains d'entre eux sous les dehors d'une démocratie
consensuelle. Il va en résulter une déliquescence de l'opposition burkinabé. Depuis
qu'elle a boycotté l'élection présidentielle de 1991, malgré ses chances de mettre en
difficulté le président sortant, l'opposition n'a cessé de connaître un processus
d'involution après ses échecs aux élections législatives de 1992, municipales de 1995.
Elle espérait retrouver un second souffle à la faveur des élections législatives de
1997, mais en vain. Le parti présidentiel remporte 101 des 111 sièges que compte
l'Assemblée nationale. De même, lélection présidentielle du 15 novembre 1998 a
vu le président Compaoré réélu dès le premier tour dun scrutin boycotté par
une partie de lopposition malgré la mise en place d'une Commission Electorale
Nationale Indépendante (CENI).
En dépit des imperfections qui les ont entachées, ces élections sont à la fois le
signe d'un certain enracinement du processus démocratique en cours et celui de la grande
hégémonie du régime actuel. De ce point de vue, ces élections sont profondément
ambivalentes, dans la mesure où l'ampleur même du succès du parti présidentiel rend
improbable à court et moyen terme l'hypothèse de l'alternance politique. En dépit de
cette hégémonie, le pouvoir en place a été surpris par la vague de mécontentent
politique qui a suivi lassassinat dun journaliste enquêtant sur le meurtre
dun employé de la présidence par la garde rapprochée du Président. Le collectif
contre limpunité composé dorganisations de la société civile, partis
politiques et syndicats a exigé des mesures de libéralisation de la vie politique. En
réponse à cette pression intense, un nouveau Gouvernement dirigé par Ernest Yonli a
été formé en novembre 2000. Quatre partis de lopposition, dont lAlliance
pour la Démocratie et la Fédération de Herman Yaméogo y font leur entrée. En retour,
le pouvoir sengage à réserver un traitement diligent aux dossiers judiciaires
pendant devant les tribunaux. Une partie de lopposition dite le " Groupe du 14
février " a refusé de sengager dans ce gouvernement douverture.
La Constitution promulguée le 11 juin 1991 instaure formellement un
régime semi-présidentiel avec un Premier ministre responsable devant l'Assemblée
Nationale qui peut être dissoute par le Président de la République. Mais en réalité,
le régime est présidentialiste en raison de lexistence dun parti dominant et
dans la mesure où le chef de lEtat peut aussi renvoyer le Premier ministre de son
propre chef. Le pouvoir exécutif appartient au Président du Faso, élu au suffrage
universel direct pour 5 ans, rééligible à nouveau, une seule fois depuis la
modification constitutionnelle opérée par lAssemblée nationale en avril 2000.
Le Parlement comprend deux Chambres, mais il s'agit d'un bicaméralisme très
inégalitaire puisque seule l'Assemblée nationale a le monopole du pouvoir législatif.
Quant à la deuxième Chambre appelée Chambre des Représentants, elle ne dispose que de
pouvoirs purement consultatifs. Cependant, un débat est en cours sur la nature de ses
pouvoirs. Le statut de la deuxième Chambre peut donc évoluer. Pour l'heure, elle se
compose de représentants des divers groupes de la société civile (syndicats, autorités
coutumières, religieuses, associations, etc.).
En matière de contrôle de constitutionnalité des lois, de contentieux électoral,
cest la chambre constitutionnelle, composée de dix membres nommés pour un mandat
unique de neuf ans qui est compétente. Sa saisine sopère par voie dexception
et nest pas ouverte aux simples citoyens. Ses décisions ne sont pas susceptibles de
recours.
Il existe également un Conseil Economique et Social composé de représentants des
principales catégories socioprofessionnelles. Son rôle est d'émettre des avis
consultatifs sur les projets de loi, d'ordonnance ou de décret ainsi que sur les
propositions de lois qui lui sont soumis. Un Médiateur du Faso a été institué en mai
1996.
Le parlement Burkinabé a adopté en avril 2000 une révision constitutionnelle qui consacre léclatement de la Cour Suprême, initialement composée de quatre Chambres (Administrative, Constitutionnelle, Judiciaire, et des Comptes), en quatre entités : Cour de cassation, Conseil d'État, Cour des comptes et Conseil constitutionnel. Le pouvoir judiciaire est confié aux juges. Il est exercé sur tout le territoire du Burkina Faso par les juridictions de l'ordre judiciaire et de l'ordre administratif. La Constitution consacre le principe de l'indépendance du pouvoir judiciaire. Mais ce principe connaît de nombreuses entorses du fait notamment du militantisme de certains juges et des pressions du pouvoir. Dautre part, le conseil supérieur de la magistrature censé protéger lindépendance des juges est présidé par le chef de lEtat. La Constitution prévoit aussi une Haute Cour de Justice devant laquelle le Président du Faso et les membres du gouvernement peuvent répondre de leurs actes qualifiés de crimes ou délits dans l'exercice de leurs fonctions. Mais cette Cour n'a été installée complètement que le 4 juin 1998, sept ans après l'adoption de la Constitution.
La décentralisation au Burkina procède à la fois de la Constitution
et des programmes d'ajustement structurel et institutionnel de l'économie et de l'Etat,
qui se contentait de déconcentrer. En juin 1993 cinq textes de loi ont redéfini
l'organisation territoriale burkinabé. Ils instituent des collectivités territoriales
décentralisées au niveau des provinces et des communes. En novembre 1993 a été créée
la Commission nationale de la décentralisation dont la mission principale est de proposer
un projet de texte d'orientation sur la décentralisation portant sur les définitions et
les modalités d'implication de l'ensemble des composantes politiques, administratives,
économiques et techniques de la décentralisation. Jusqu'ici, la décentralisation n'est
opérationnelle qu'au niveau des communes dites de plein exercice, qui sont administrées
par des maires issus des conseils municipaux élus au suffrage universel direct. Les
élections municipales ont eu lieu le 15 février 1995. Elles ont connu une forte
participation, de l'ordre de 70%. Vingt-six (26) des trente-trois (33) communes en jeu ont
été remportés par le parti présidentiel, dont notamment ceux de la capitale
Ouagadougou. En 1996, quinze nouvelles provinces ont été créées, portant le nombre de
celles-ci à 45 et le nombre de communes de plein exercice à 48 puisque les chefs-lieux
des provinces sont, selon la loi, des communes de plein exercice.
Les dernières élections municipales organisées le 24 septembre 2000 ont enregistré un
taux de participation de 68,4% pour départager les 5145 candidats issus de 25 formations
politiques. La victoire du Congrès pour la Démocratie et le Progrès(CDP), le parti au
pouvoir était écrasante : il remporta 43 communes sur les 49 que compte le pays.
Certains partis de lopposition ont choisi de boycotter ce scrutin.
Deux instruments techniques ont été mis en place dans le cadre de la décentralisation
avec pour objectif la création de 500 communes à l'horizon 2010 : le Service d'Appui à
la Gestion et au Développement Communal (SAGEDECOM) et le Fonds de démarrage des
Communes (FODECOM). Par ailleurs il existe une Association des Maires du Burkina Faso
(AMBF). La décentralisation repose depuis peu sur les lois 041, 042 et 043/98/AN du 06
août 1998 portant respectivement organisation de ladministration du Territoire,
organisation et fonctionnement des collectivités locales et programmation de la mise en
uvre de la décentralisation. Ces textes, notamment la loi 043, prévoient que les
transferts de compétences et le transfert de ressources nécessaires seront effectives au
plus tard cinq ans après ladoption de la loi.
L'article 13 de la Constitution garantit le multipartisme. Sur ce plan,
le Burkina Faso connaît un nombre important de partis politiques : 67 partis ont été
officiellement enregistrés en 1992. A la date du 28 janvier 1997, le nombre de partis
officiellement enregistrés est passé à 46. Une importante recomposition de la scène
politique est intervenue en février 1996. Le parti présidentiel l'ODP-MT a fusionné
avec une dizaine de partis politiques pour former le Congrès pour la Démocratie et le
Progrès (CDP), qui dispute aujourd'hui au PDP (Parti pour la Démocratie et le Progrès)
la référence social-démocrate. Ce parti a accueilli en son sein quatre formations
politiques non représentées à l'Assemblée et demeure la principale force politique de
l'opposition. L'ADF (Alliance pour la Démocratie et la Fédération) va elle aussi
recueillir l'adhésion d'une dizaine de formations politiques. Cette recomposition est
intervenue quelques mois avant les élections législatives de mai 1997. Les principales
forces politiques en présence étaient : le CDP qui a renforcé sa position avec 88
députés, le PDP deuxième groupe parlementaire avec 9 députés, l'ADF et le RDA, qui
forment un groupe parlementaire de 9 membres.
Quatre partis ont été représentés à l'Assemblée fin 1997, contre neuf au début de
la législature, sur les 27 qui ont pris part à la compétition électorale de mai 1992.
Seuls 13 d'entre eux ont participé aux législatives du 11 mai 1997 et seulement 4 ont
obtenu des sièges de députés. L'Assemblée nationale burkinabé ne compte plus
désormais que trois groupes parlementaires aux forces très inégales : le groupe
parlementaire majoritaire du CDP (101 députés), celui du PDP (6 députés) et celui de
l'ADF/RDA (4 députés), deux partis qui ont fusionné en mai 1998. D'une manière
générale, les partis d'opposition ont du mal à s'affirmer sur la scène politique,
moins en raison des entraves du pouvoir qu'en raison de la faiblesse de leurs ressources
humaines, matérielles et financières ainsi que de leur désunion.
Le pluralisme syndical a toujours existé dans l'Etat post-colonial burkinabé et les syndicats y ont historiquement joué un rôle politique important. Fers de lance de la société civile, ils ont constitué un réel contre-pouvoir politique. Plusieurs gouvernements des trois premières Républiques sont tombés sous leurs coups de boutoir. Ils sont toutefois sortis très affaiblis de la période révolutionnaire et s'efforcent de reconstituer leurs forces perdues, face à un régime qui cherche également à les neutraliser par d'autres moyens, notamment par la corruption. C'est ainsi que le monde syndical burkinabé connaît une bipolarisation de plus en plus nette, entre d'une part des syndicats (appelés le groupe des 13), qui préfèrent dialoguer avec le pouvoir et qui sont soupçonnés de faire son jeu, et d'autre part des syndicats dits révolutionnaires, résolument hostiles à la gestion économique et politique du pouvoir, plus enclins à recourir à la grève qu'au dialogue, et qui sont soupçonnés d'être une opposition politique qui ne dit pas son nom. La CGT-B (Confédération Générale du Travail du Burkina) la principale force syndicale du pays, est le chef de file de cette tendance radicale. Elle ne cesse de dénoncer de façon récurrente la corruption, les violations des Droits humains et des libertés publiques, l'impunité, les assassinats, les bavures, l'hégémonie du parti au pouvoir, les carences de l'appareil administratif, etc. C'est dans ce contexte que le gouvernement a fait adopter des lois très restrictives sur les conditions d'exercice du droit de grève et de manifestation sur la voie publique. On note également l'activisme syndical dans le milieu scolaire et estudiantin dirigé principalement par l'Association Nationale des Etudiants Burkinabé (ANEB). Leurs protestations contres les mesures gouvernementales en matière d'attribution des bourses a conduit à l'invalidation de l'année universitaire 2000.
Depuis 1960 Burkina Faso a eu dix régimes politiques
différents--trois constitutionnels et sept militaires, les derniers étant les résultats
des coups d'état. En termes d'années, le pays a eu quinze ans de gouvernement
constitutionnel et dix-neuf de règne militaire. Les régimes militaires ont, en
général, été autocratiques et dictatoriaux, avec de la violence accompagnante et de la
violation massive des droits de l'homme.
Cependant, pour les analystes de pays la période de 1983 à1987 était le moment
critique, quand le Conseil National de la Révolution (CNR) est venu en pouvoir sous la
direction charismatique et dynamique de Capitaine Thomas Sankara. Cette période a ouvert
un nouveau chapitre dans les relations civiles-militaires en Afrique en général, et au
Burkina Faso en particulier. Le gouvernement de Sankara a délibérément mobilisé les
paysans, qui constituent la masse de la société, pour participer dans le processus
démocratique. L'état a aussi aidé la société civile en habilitant des femmes, des
paysans, des étudiants, des ouvriers et d'autres organisations. Jamais avant les besoins
fondamentaux du Burkinabe moyen étaient réalisés comme sous le régime de Sankara. Ce
n'était certainement pas une démocratie représentative, mais elle était
participatoire.
En octobre 1987, Sankara a été assassiné pendant un coup d'état. Après le coup le
plus sanglant dans l'histoire du pays, Campaoré a installé le neuvième régime
politique du pays. Des observateurs ont enregistré le nombre d'assassinats politiques,
des commandements de meurtres et des "disparitions" le plus haut sous ce
régime; une étude établit le nombre d'assassinats à environ vingt. Pendant cette
période, le Burkina Faso a ratifié des conventions internationales de droits de l'homme,
y compris la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples en 1984. En outre, le
régime a adopté une nouvelle Constitution en 1991. Malgré ces positions formelles par
l'état, la violation systématique des droits de l'homme a continué. Il y avait la
persécution des étudiants et des professeurs de l'université, et certains étudiants de
l'Université de Ouagadougou ont "disparus". Les arrestations, les détentions,
et la torture sont devenus des caractéristiques communes du panorama politique du Burkina
Faso. L'épuration du régime de la société a résulté dans la destruction de l'ordre
politique, juridique, administrative, culturel, économique et social du pays. Le régime
a créé des tribunaux révolutionnaires qui ont plusieurs fois été employé pour
persécuter des adversaires politiques perçus. Le Mouvement Burkinabè des Droits de
l'Homme et des Peuples (MBDHP) est devenu une cible d'intimidation et de menaces d'état,
comme les syndiqués et les partis d'opposition. La presse, par crainte, a opté pour
l'auto-censure.
Blaise Campaoré, devant les pressions internationales pour la démocratie et
lexistence d'une demande populaire établit un gouvernement transitoire en
organisant des élections. Il a gagné les élections, bien que les résultats soient
contestés. Il a formé un nouveau gouvernement en 1992.
Parmi lrs associations burkinabè de droits de lhomme, il ya principalement
lAssociation Burkinabè pour la Promotion d'un Etat de Droit et la Défense des
Libertés (APED-LIBERTES). L'expérience avec le caractère arbitraire et répressif des
régimes militaires au Burkina Faso a résulté dans la création de l'Association
Burkinabè pour la Promotion d'un Etat de Droit et la Défense des Libertés
(APED-LIBERTES) en 1990. L'organisation est inscrite comme une ONG. Le mandat
d'APED-LIBERTES est de promouvoir l'état de droit et de protéger les droits de l'homme
en sensibiliser les droits de l'homme, en créant une culture des droits de l'homme, et en
luttant pour les droits de paysans. APED-LIBERTES a une Assemblée Générale pour prendre
des décisions importantes et pour la détermination de la politique àsuivre. Il y a un
Comité Exécutif qui réalise les décisions de l'Assemblée Générale. Le Comité
Exécutif inclut le Président, le Vice-Président, le Secrétaire Général, les
assistants et des membres de divers commissions. APED-LIBERTES a fait des visites aux
provinces pour éduquer la population sur leurs droits, et aux prisons pour enquêter sur
les conditions de prison.
LAssociation pour la Promotion Féminine est historique. Avant 1992, il n'y avait
aucune activité pour les droits de femmes dans la province Poni, donc un groupe de femmes
sont venues ensemble et ont formé l'Association pour la Promotion Féminine comme une
division du Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples. Le mandat de
l'Association est de protéger les droits des femmes par l'assistance de développement
dans la région rurale.
Le corps suprême de l'Association est une Assemblée Générale. Il y a aussi un Comité
Exécutif composé d'un Président, un Vice-Président, un Secrétaire Général, un
Trésorier et des assistants. Il y a des divers comités qui traitent les problèmes
spécifiques. L'Association
donne petites facilités de crédit aux femmes dans des régions rurales,exécute des
programmes de sensibilisation et d'autres projets d'auto-aide et finance des campagnes
d'alphabétisation pour les femmes illettrées.
Le Mouvement Burkinabè des Droits de l'Homme et des Peuples (MBDHP) a été formé en
1989 comme une organisation non-gouvernementale pour travailler pour la promotion des
droits de l'homme que les gouvernements de Burkina Faso, surtout les régimes militaires,
ont violés depuis l'indépendance en 1960. Le mandat du MBDHP est la promotion, la
protection et la défense des droits de l'homme. L'organisation a un Comité Exécutif
National de quatorze membres, qui sont chargés de la mise-en-oeuvre des décisions et des
politiques de l'Assemblée Générale. Il a aussi à-peu-près six commissions qui
traitent les tâches spécifiques sur les droits de l'homme, et les branches dans toutes
les régions du pays. MBDHDP a organisé des séminaires et des congrès pour sensibiliser
les populations urbaines et rurales sur leurs droits de l'homme; éduqué la population
sur les normes et les procédures des droits de l'homme internationaux; dénoncé la
torture et les exécutions par l'état; participé àla rédaction de la Constitution du
pays de 1989; publié des périodiques, des bulletins et des rapports sur les situations
des droits de l'homme au Burkina Faso et dans d'autres pays africains; participé àun
nombre de missions de recherche; et embarqué sur un nombre de cas de litige des droits de
l'homme.
En 1993, un groupe de femmes de Burkina Faso, Mali, Niger et Togo, conscientes des
injustices sociales et des inégalités qui affrontaient les femmes en Afrique, sont
venues ensemble pour former un réseau régional pour défendre leurs droits. Elles ont
appelé le réseau le Réseau Sous-Régional Femmes Africaines et Droits Humains (REFAD),
et ont situé sa siège au Burkina Faso.
Le mandat de REFAD est de faciliter l'accès de femmes àl'information des droits de
l'homme ; promouvoir la recherche sur les droits de femmes; encourager la formulation des
lois alternatives pour la protection des droits de femmes; publier des matières
juridiques sur les droits de femmes dans les langues locales ; et sensibiliser le public
aux niveaux internationaux et nationaux sur les droits de femmes. REFAD a une Assemblée
Générale, un Comité coordinnateur et un Comité d'urgence. REFAD est entraîné dans la
dissémination d'information et la sensibilisation des droits de femmes, et a produit des
publications sur les droits de femmes dans des langues locales. Il a organisé des
séminaires et des congrès divers sur les droits de femmes. Il entreprend la formation
des parajurists, et a dirigé la recherche juridique sur les problèmes des droits de
femmes.
Les violations des droits de l'homme sur le continent et les difficultés qui ont été
rencontrées dans les processus de transition ont motivées une trentaine d'organisations,
s'évertuant àprotéger et àdéfendre les droits de l'homme en Afrique, pour venir
ensemble àune assemblée organisée au Burkina Faso en juillet 1992. La réunion a formé
l'Union Interafricaine des Droits de l'Homme (UIDH) comme un corps pan-africain,
apolitique, des droits de l'homme.
Le mandat de l'UIDH est la promotion de la justice et la protection des droits de l'homme
et les libertés; de contrôler les principes énoncés dans la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme et la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples en
Afrique. Le mandat de l'UIDH mandat est éxécuté en liaison avec les ONG des droits de
l'homme nationaux; et d'encourager les études de recherche et la collection de documents
qui traitent les droits de l'homme en général, et l'Afrique en particulier. UIDH
consiste en 18 ligues africaines et membres de fondation ONG des droits de l'homme.
L'Assemblée de l'UIDH est l'organe suprême, et il élit un Bureau de Coordination avec
un Président, quatre Vice-Présidents et quatre membres supplémentaires. Le Secrétariat
Exécutif est le corps chargé avec l'assistance du Bureau en exécutant les décisions de
l'Assemblée. Il est composé par: un Secrétaire Exécutif, un Assistant Secrétaire
Exécutif, un Secrétaire pour les relations externes, un Secrétaire pour l'information
et la presse, et un Trésorier Général.UIDH a exécuté un nombre de missions de
recherche et a fait des déclarations sur les violations des droits de l'homme dans un
nombre d'états africains; contrôlé les élections dans beaucoup d'états; financé des
carrefours et des séminaires sur les questions des droits de l'homme; publié des
bulletins, des journaux et d'autres documents de recherche; et été entraîné dans des
cas de litige des droits de l'homme dans un nombre de pays.
La transition démocratique a été émaillée d'intimidations et d'exactions, se
traduisant par des attentats et des assassinats d'opposants. Avec l'adoption de la
Constitution en 1991 et la mise en place des institutions de la Quatrième République la
situation des droits humains s'est améliorée et il n'y a plus de prisonniers politiques
depuis 1992. Mais les mouvements de défense des droits humains dénoncent de façon
récurrente l'impunité dont bénéficient les dignitaires du régime, les bavures
policières, les tortures, les disparitions et les exécutions extrajudiciaires de
délinquants et de personnes ayant appartenu à la garde présidentielle. Le 13 décembre
1998, Norbert Zongo, directeur de publication de lhebdomadaire LIndépendant
est assassiné alors quil menait une enquête sur une affaire de meurtre dans
lentourage du frère du chef de lEtat. Le pays est depuis secoué par des
campagnes de protestations et de dénonciation des violations des droits de lhomme.
Pour désamorcer la tension, le Tribunal militaire de Ouagadougou a prononcé des peines
de dix à vingt ans de prison contre des militaires appartenant au Régiment de la
sécurité présidentielle. Cependant les responsables présumés de lassassinat de
Norbert Zongo désignés par une Commission denquête indépendante nont
toujours pas été entendus par un juge. Ce qui continue à agiter le climat politique
dans le pays et à créer la tension entre le pouvoir et les organisations de la société
civile luttant contre l'impunité.
Le code de l'information a été adopté en 1992 et révisé en 1993.
Radios et presse privées sont en plein essor au Burkina depuis l'amorce du processus
démocratique. L'Etat contrôle un quotidien, un hebdomadaire et un mensuel édités par
les Editions Sidwaya, une station de télévision nationale, une station de radiodiffusion
nationale avec des chaînes locales et régionales. La presse écrite privée comprend
officiellement trois quotidiens (L'Observateur-Paalga, Le Pays, Le Journal du Soir), sept
hebdomadaires (L'Indépendant, journal d'opinion critique; Le Journal du Jeudi, satirique
etc.), dix mensuels et trois trimestriels. Les stations audiovisuelles privées
comprennent une trentaine de stations toutes en modulation de fréquence, dont la plupart
sont des radios communautaires. Radio France Internationale peut être captée à
Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso en modulation de fréquence. Mais faute d'accord avec
l'Etat burkinabé, La Voix de l'Amérique et la B.B.C. se sont vu interdire par le Conseil
Supérieur de l'Information la diffusion en modulation de fréquence par le relais des
stations privées existantes. A noter la profusion des antennes paraboliques, notamment
dans la capitale, permettant de capter les télévisions étrangères.
La plupart des titres et radios privés rencontrent des difficultés financières et
matérielles, qui les exposent à la dépendance vis-à-vis du pouvoir politique et des
puissances d'argent, ou à une disparition pure et simple. Le manque de professionnalisme
des animateurs ou journalistes est aussi patent, d'autant plus que le statut de
journaliste n'est pas codifié. L'information traitée par les médias est souvent
dépourvue de réflexion critique. Elle est généralement institutionnelle. Il existe une
mainmise du pouvoir sur les médias d'Etat. Selon la Ligue pour la défense de la liberté
de la presse, la liberté de la presse est relativement assurée au Burkina, mais il
existe des entraves sérieuses à son élargissement que sont notamment l'arsenal
juridique répressif en matière de délit de presse, ainsi que le manque d'indépendance
du Conseil Supérieur de l'Information qui a suspendu des émissions radiophoniques
populaires critiques. Quant au Président de la Société des Editeurs Privés, il
dénonce l'autocensure des journalistes par crainte du pouvoir.
BURKINA FASO : |
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