CAMEROUN

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      La mise à jour de cette notice a été faite par M. Sory Baldé,
étudiant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV 

 

L’année 1990 marque le début du processus démocratique camerounais avec la création d’une " Coordination nationale pour la démocratie et le multipartisme " qui vaudra à Me Yondo Black, ancien bâtonnier et à plusieurs personnes d’être arrêtés pour sédition, subversion, affront au chef de l’Etat en février 1990. Leur procès devant le tribunal militaire de Yaoundé en mars donnera lieu à une première mobilisation du barreau camerounais pour soutenir autant les accusés que leurs revendications.
Malgré le refus officiel du multipartisme, John Fru N’Di lance en mai 1990 à Bamenda, le Social Democratic Front (SDF) lors d’une marche dont la répression cause la mort de 6 personnes. Dès le 3 juin 1990, la Conférence épiscopale camerounaise publie une lettre pastorale qui critique ouvertement le pouvoir. Le 4 juillet 1990 enfin, le Président Paul Biya accepte d’abandonner le monopole politique exercé par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) créé en 1985 sur les cendres de l’Union des populations du Cameroun (UPC) de l’ancien Président Ahidjo. Une commission de révision de la législation sur les libertés publiques est créée par décret le 21 juillet. Dès le mois de décembre 1990, l’Assemblée nationale adopte une série de lois parmi lesquelles une loi sur la liberté d’association et de création de partis politiques.
Ces mesures de libéralisation n’empêchent pas le pouvoir de procéder à de nombreuses arrestations d’opposants. A partir de mars 1991, dans la foulée de l’intense mobilisation populaire provoquée par les procès, sont lancées les opérations " villes mortes " qui paralysent la vie économique du pays pendant 6 mois. Ces opérations sont combinées avec une désobéissance civile afin d’obtenir l’organisation d’une Conférence nationale souveraine (CNS). Les secteurs les plus mobilisés sont les chauffeurs de taxis, les étudiants, les enseignants et surtout les commerçants. Les récents partis d’opposition et ces groupes se coalisent dans la Coordination nationale des partis de l’opposition et associations (CNPOA), vite interdite.
Dès le mois d’avril 1991, les opérations " villes mortes ", les émeutes et les manifestations s’étendent à l’ensemble du pays. Pour tenter de résoudre la crise politique, le Président P. Biya rétablit le poste de Premier ministre, annonce des élections et une réforme constitutionnelle. Devant l’ampleur des mobilisations, un état d’urgence de fait est instauré avec la création en mai 1991, de " commandements militaires opérationnels " pour pacifier le pays. Le Président Biya ayant annoncé les élections législatives pour le 16 février 1992, le Premier ministre Sadou Hayatou ouvre le 30 octobre 1991, la conférence tripartite gouvernement-opposition-société civile destinée à définir le cadre électoral et l’accès aux médias publics. L’opposition se divise entre les partisans du préalable d’une conférence nationale et ceux qui sont favorables à une participation immédiate à la compétition électorale.
Celle-ci se tient le 1er mars 1992. Elle est boycottée par l’opposition radicale groupée autour du SDF. Le RDPC, l’UNDP (Union nationale pour la démocratie et le progrès de Bello Bouba Maïgari), le MDR (Mouvement pour la défense de la République) et une aile de l’UPC se partagent les 180 sièges du Parlement avec respectivement 88, 68, 18 et 6 députés. Le 26 avril 1992, un nouveau gouvernement RDPC-MDR est formé avec à sa tête Simon Achidi Achu, un anglophone.
Le 11 octobre 1992, des élections présidentielles sont organisées. Le Président P. Biya est réélu avec 39,9 % des voix, contre 35,9 % pour J. Fru Ndi (SDF) et 19,21 % pour B. Bouba Maïgari (UNDP). Le pouvoir est accusé de fraudes par l’opposition et la validité des élections est mise en doute par une ONG américaine de scrutateurs, le " National Democratic Institute ". Des émeutes éclatent dans le Nord-Ouest où l’état d’urgence est proclamé, des leaders de l’opposition radicale sont arrêtés ou mis en résidence surveillée (cas de J. Fru Ndi). Dans le même temps, le gouvernement s’ouvre à l’UPC et à des dissidents de l’UNDP.
Le 18 janvier 1996, en période de campagne électorale pour les municipales, l’Assemblée nationale vote enfin la loi n° 96-06 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972. Le scrutin municipal a lieu le 21 janvier 1996. A l'échelle nationale, le RDPC est largement vainqueur, même si les partis d'opposition gagnent dans leurs fiefs électoraux. Ces victoires de l'opposition sont relativisées par la nomination de délégués du gouvernement dans les villes comme Douala, Bamenda, Garoua, Bafoussam, etc.…, ces nouveaux délégués possèdent en fait les pouvoirs d’un « super maire ». L'opposition réagit en lançant un mot d'ordre de villes mortes plutôt mal suivi.
Les 17 et 18 mai 1997, se tiennent des élections législatives. Au terme de l'ensemble du processus, le RDPC compte 116 élus, le SDF 43, l'UNDP 13, l'UDC 5, le MLJC 1, l'UPC-K 1, le DR 1. Ces élections ont été précédées de modifications de la loi électorale avec l'adoption de la loi n° 97/013 du 19 mars 1997, ainsi que du découpage spécial de certaines circonscriptions. Enfin, après une modification de la loi, l'élection présidentielle a lieu le 12 octobre 1997. Candidat à un premier septennat, Paul Biya l’emporte avec 92,54% de suffrages contre 2,5% pour son suivant, le Pr. Henri Hogbe Nlend. L'élection a été boycottée par le SDF, l'UNDP et l'UDC qui n’ont pas obtenu la création d'une commission électorale nationale autonome. Ces diverses élections ont donné lieu à un abondant contentieux devant les juridictions sans que celles-ci remettent en cause les résultats. En décembre 2000, le parti au pouvoir RDPC et son allié l’UNDP, ont approuvé par 126 voix sur 180 que comptent l’Assemblée nationale, la loi portant création de l’Observatoire national des élections (ONEL) qui sera " l’organe neutre de régulation de l’ensemble du processus électoral ". Il sera composé de 11 membres désignés par décret du Président de la République, et sera chargé de superviser les opérations électorales de l’inscription sur les listes jusqu’au décompte des suffrages. Toutefois, l’organisation matérielle des élections restera sous contrôle administratif, contrôle, proclamation des résultats et contentieux électoral resteront du ressort des instances juridictionnelles. L’adoption de la loi portant création de l’ONEL, a été boycottée par les 5 partis d’opposition (SDF, UDC, MDR, UPC, MLDC) qui dénoncent la nomination des membres par le président ainsi que l’absence d’autonomie financière. Les partis d’opposition revendiquent la création d’une Commission Electorale Nationale Indépendante.
Le processus camerounais est traversé de clivages et de conflits entre un parti au pouvoir dominant et soupçonné de manipuler constamment le jeu politique, et une opposition divisée par des querelles de leadership. Le dispositif institutionnel ne fait pas l’objet d’un consensus et malgré les appels du Président Biya à une démocratie apaisée, le système est peu institutionnalisé. Les discussions en dents de scie sont engagées avec l'opposition, notamment avec le SDF, mais le climat reste dominé par la tension politique.

Depuis l'indépendance, le Cameroun a été dirigé par le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) dont la mainmise sur le pouvoir, en dépit du passage à un système multipartite en 1990, a été préservée en limitant le choix politique. Ainsi, les élections présidentielles et parlementaires ont régulièrement été entachées d'irrégularités. En grande partie à cause de cette marginalisation, les principaux partis d'opposition ont activement (et parfois violemment) dénoncé la méthode de démocratisation. Les dernières élections, organisées en octobre 1997, ont été boycottées par les trois principaux partis d'opposition au milieu d'accusations de fraude électorale. Le Président Biya a été réélu à la tête du pays pour un mandat de sept ans, en vertu d'un amendement à la constitution de 1996. Cet amendement prolongeait le mandat présidentiel et ménageait également la possibilité pour Biya de se représenter pour un nouveau mandat en 2004. Le gouvernement n'a pris aucune mesure concrète pour mettre en oeuvre les autres réformes constitutionnelles de 1996 qui prévoyaient une plus grande indépendance des organes législatif et judiciaire.
Aux termes de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, le Cameroun est un Etat unitaire décentralisé. Cette disposition est censée trancher le débat sur le fédéralisme introduit par le Nord anglophone. La loi instaure un régime semi-présidentiel. Le Président de la République du Cameroun est élu dès le premier tour à la majorité simple pour un mandat de sept ans renouvelable une seule fois. Il dispose du pouvoir de dissoudre l'Assemblée nationale. Le Premier ministre applique la politique de la nation telle que définie par le Président de la République, mais son gouvernement est responsable devant l'Assemblée Nationale. Cependant, la Constitution prévoit que le chef de l’Etat peut le reconduire s’il est renversé par les députés, ce qui peut poser des problèmes lorsque majorité parlementaire et majorité présidentielle ne coïncident pas.
Le Parlement est bicaméral et a l’initiative des lois avec le Président de la République. L'Assemblée nationale compte 180 députés élus pour 5 ans. Le Sénat qui n’est toujours pas installé, devrait compter 100 membres à raison de 10 sénateurs par région, dont 7 élus et 3 nommés par le Président de la République pour 5 ans. l'Assemblée nationale peut renverser le Premier ministre par une motion de censure ou en lui refusant sa confiance.
Le Conseil constitutionnel est composé de 11 membres nommés pour un mandat unique de 9 ans ainsi que des anciens Présidents de la République qui siègent à vie. Il est l’instance compétente en matière constitutionnelle. Il statue sur la constitutionnalité des lois, traités internationaux, les règlements intérieurs et les conflits d’attribution entre les institutions de l’Etat, entre Etat et régions et entre régions. Il est aussi compétent en matière de contentieux électoral se rapportant aux présidentielles, aux législatives et au référendum. Ses décisions ne sont pas susceptibles de recours. Sa saisine, limitée au Président de la République, aux présidents des deux chambres du Parlement et au dixième des députés, n’est pas ouverte aux simples citoyens.
Il existe également une Haute Cour de justice jugeant le Président de la République en cas de haute trahison ou les membres du gouvernement en cas de complot contre la sûreté de l’Etat, ainsi qu’un conseil économique et social aux compétences consultatives.

 

La fonction publique camerounaise est régie par le décret n°90/199 du 7 octobre 1994 portant statut général de la fonction publique de l’Etat. Ce décret dans son article 13, détermine le mode de recrutement, les conditions à remplir et définit les différentes catégories de fonctionnaires : elles sont au nombre de quatre dont le mode de recrutement diffère selon la catégorie, sur concours ou sur titre.
La fonction publique est placée sous l’autorité du président de la République. Pourtant celle-ci semble échapper au contrôle des autorités puisque le gouvernement a procédé à une mise à jour des fichiers de fonctionnaires. En effet, cette opération de nettoyage a révélé l’existence de 7000 faux agents ou agents fictifs qui percevaient un salaire sans réel travail fourni ; il s’agissait d’agents percevant le traitement de fonctionnaires dont le décès n’avait pas été déclaré, d’agents à la retraite…
Cette mise au jour de corruption dans la fonction publique joue en faveur de l’accélération du processus de décentralisation.

Les collectivités décentralisées sont la région et la commune qui disposent de l’autonomie financière et de la personnalité morale. Les régions sont au nombre de 10 et recoupent les limites des anciennes provinces. A la tête de chacune figure un Conseil régional doté d’un président. Le mandat des conseillers régionaux dure 5 ans. Ceux-ci sont soit des délégués des départements élus au suffrage universel indirect, soit des représentants du commandement traditionnel élus par leurs pairs. Les communes sont gérées par des conseils municipaux élus au suffrage universel direct dont le maire est issu. Certaines sont soumises à un régime spécial et sont dirigées par des délégués du gouvernement dotés de davantage de pouvoirs, avec un statut équivalent à un « super maire ». C’est à travers ceux-ci que l’Etat exerce sa tutelle par le moyen de la déconcentration de ses services territoriaux.
Le FEICOM, établissement public administratif, assure la solidarité intercommunale et joue de plus en plus le rôle d'une banque de communes. Des élections municipales se sont tenues en janvier 1996, mais l’expérience rencontre de nombreuses limites qui sont à la fois d’ordre économique (les communes ont du mal à financer leurs charges) et politique (le pouvoir a remplacé d’autorité certains maires issus de l’opposition par des délégués du gouvernement).
La constitution dispose que les collectivités locales s’administrent librement par des conseils élus et dans les conditions fixées par la loi. Les conseils, garants de cette libre administration sont composés de membres élus au suffrage universel. La réforme constitutionnelle de 1996 a introduit une représentation plus composite des conseils au niveau des régions. Outre les membres élus au suffrage universel, le conseil régional accueillera une représentation des chefs traditionnels ainsi que les parlementaires élus dans le cadre de la région. Le Cameroun tente par cette opération de concilier la légitimité démocratique et la légitimité historique. Notamment celle des autorités coutumières dont les pouvoirs sont restés assez forts dans le pays, en particulier dans les parties Nord, Ouest, Nord-Ouest et Sud-Ouest. Pendant très longtemps, les institutions communales sont restées la chasse gardée des notabilités coutumières dans ces régions. Il n’y a pas encore à proprement parler de transfert de compétences de l’Etat aux collectivités locales au Cameroun, notamment aux communes. En attendant les textes d’application de la nouvelle décentralisation, les communes bénéficient d’une compétence générale en matière locale : le conseil municipal délibère sur les affaires de la commune. Ce champ de compétences si généralement défini se précise dans les attributions du conseil municipal : planification, urbanisme, aménagement du territoire, culture, sport et loisirs. Les autres attributions du conseil ont trait à des questions de fonctionnement interne de l’administration communale(vote du budget, approbation des comptes de gestion et administratif et autorisations diverses) ). Les compétences ainsi définies sont davantage des attributions des conseils municipaux que des compétences communales. Il n’existe pas encore de textes sur les transferts de compétences de l’Etat aux collectivités locales. Le système de tutelle en vigueur au Cameroun est celui du contrôle à priori. Le pouvoir de tutelle est exercé par le ministre chargé de l’administration territoriale et sous son contrôle par les gouverneurs et les préfets. Dans cette mission de contrôle, les autorités de tutelle disposent à l’égard des organes municipaux et des actes pris par ces derniers, d’un pouvoir de sanction et de contrôle qu’elles exercent par voie d’approbation, d’annulation, de substitution, de suspension et de révocation

La Constitution du 18 janvier consacre un pouvoir judiciaire dont la Cour Suprême constitue la plus haute instance. La Cour Suprême comprend des chambres judiciaires, administrative et des comptes. Dans chaque province, une Cour d'appel coiffe des tribunaux de premier degré et d'instance. La coutume s'applique dans la mesure de sa compatibilité avec la loi et les droits de l'homme. Les magistrats sont nommés par le Président de la République sur proposition du Conseil supérieur de la magistrature. La Cour Suprême connaît en appel du contentieux des élections régionales et municipales.
Désormais unique, la Cour suprême a remplacé à la fois les cours suprêmes des deux Etats fédérés et la Cour fédérale de justice. Elle est avant tout une juridiction de cassation en toutes matières, gardienne de l’unité de la jurisprudence, de toutes les juridictions de la République unie et possède, en outre, des compétences en matière constitutionnelle et administrative.
Si la compétence contentieuse relève bien de la Cour suprême, celle-ci exerce ses compétences par le biais de deux formations distinctes, dont la complémentarité a instauré u double degré de juridiction, le contentieux de première instance appartenant à une chambre administrative, et l’appel relevant de l’assemblée, formation plénière de la Cour.

 

Le système camerounais est dominé par le parti au pouvoir, le RDPC. Officiellement, à la date de janvier 2002, 159 partis ont été légalisés et ce depuis 1991. Le jeu électoral permet de distinguer les partis suivant leur importance et seuls 7 sont représentés à l’Assemblée nationale. Le RDPC et le SDF possèdent seuls, depuis mai 1997, un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale. L'UNDP a connu un recul sensible, passant de 68 à 13 élus. L'UPC a implosé, écartelée entre UPC-K (Kodock) et UPC-N (Ntumamazah, puis Hogbe Nlend), et est passée de 18 députés à un seul. Le MDR à l'Assemblée se réduit à Dakolé Daïssala, son leader ; l'UDC possède 5 sièges, ceux du Noun dont est originaire son président, Adamou Njoya ; le MLJC est représenté par son président, Marcel Yondo. Les alliances entre partis sont fragiles ; les querelles internes aux partis sont nombreuses ; les relations entre direction des partis et élus sont dominées par la question du mandat impératif, réglée différemment par la Constitution et les lois électorales. Le Cameroun est à la recherche d'un système de partis stable, moins teinté par les débats récurrents entre autochtones et allogènes.

 

Le pays redécouvre le pluralisme syndical. A côté des syndicats à vocation générale telles que la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (CSTC) et l'Union syndicale des travailleurs du Cameroun (USTC), il existe de nombreux syndicats à vocation sectorielle comme le Syndicat national des enseignants du supérieur (SYNES), le Syndicat national des agents et enseignants du secondaire (SNAES), l'Organisation nationale des enseignants du Cameroun, la Teacher’s Association of Cameroon, le Syndicat national des fonctionnaires des services civils et financiers, le Syndicat national des contractuels d'administration et des agents de l'Etat, la Cameroonian Public Servants' Union, l'Association nationale autonome des chauffeurs d'autobus, de taxis et de cars du Cameroun. Tous ces syndicats sont en quête d'enracinement et se heurtent régulièrement pour certains, à des tentatives de reprise en main du pouvoir (cas de la CSTC qui a traversé une véritable crise de leadership après son congrès de 1997, à l’instigation présumée du pouvoir) ou à la lenteur des autorisations administratives (cas du SYNES pour son enregistrement). En août 2000, la CSTC a retrouvé son unité grâce à la tenue d’un congrès unitaire auquel ont pris part les deux factions opposées. Le nouveau Président du CSTC est Maximilien Diaboti Ntoné.

 

La situation actuelle des droits de l'homme au Cameroun oscille entre enrichissement normatif du système de protection et faiblesse des mécanismes de protection. Le Cameroun poursuit sa ratification des conventions relatives aux droits de l'homme : Charte africaine sur les droits et le bien-être de l'enfant, Convention des Nations Unies sur la torture, etc. Un décret présidentiel de juin 1998 met en place un Comité national de suivi de ces instruments internationaux, à côté du Comité national des droits de l'homme et des libertés créé en 1990.
Le Comité National des Droits de l'Homme et des Libertés (CNDHL) a été créé par décret présidentiel en 1990. A l'instar des commissions qui l'ont précédé au Bénin et au Togo, le CNDHL est né à un moment où la population réclamait une plus grande démocratisation. Toutefois, il n'a pas pu jouer dans le processus de démocratisation un rôle aussi dynamique que la commission togolaise. Le CNDHL a été l'un des premiers organes instaurés dans le cadre d'un programme devant mener à une plus grande démocratie et annoncé par décret par le Président Biya en décembre 1990. Mais son mandat limité et la procédure de nomination de ses membres reflètent tout particulièrement la volonté du Président de conserver le contrôle étroit de l'exécutif sur toutes les institutions publiques. Par ailleurs, dans la pratique, le climat politique général qui règne au Cameroun amoindrit le rôle effectif que pourrait jouer le CNDHL sur le plan des droits de l'homme. Les pouvoirs du comité sont extrêmement faibles. Il doit se contenter de faire des recommandations aux autorités compétentes mais elles ne sont pas contraignantes. L'Article 8 du décret fondateur stipule que le CNDHL ne peut rendre publics ni son rapport annuel sur l'état des droits de l'homme ni le bilan de ses activités, il ne peut les remettre qu'au chef de l'Etat. Pendant près de dix ans, cette disposition a été scrupuleusement respectée. Aucun rapport du CNDHL n'a été rendu public même si parfois il y a eu des fuites dans la presse. Mais en mars 1999, l'assemblée générale du comité a décidé de rendre publics tous les rapports qui avaient été remis au Président. Suite à cela, une cérémonie publique a été organisée le 1er juillet 1999, à laquelle ont assisté des diplomates, des membres du gouvernement, des parlementaires et le grand public. Au cours de cette cérémonie, le comité a présenté au public un bilan quinquennal de ses activités ainsi que ses deux rapports annuels envoyés au président, l'un dressant un bilan de l'état des droits de l'homme au Cameroun, l'autre décrivant les activités de la commission.
A l'heure actuelle, le comité traite principalement les plaintes à l'encontre de personnes privées plutôt que les cas de violations des droits de l'homme commises par l'Etat. Il est rare qu'il s'exprime publiquement sur les abus des autorités bien que certains de ses membres soient intervenus auprès de représentants du gouvernement dans des cas précis, notamment pour permettre d'éviter des arrestations ou pour obtenir une assistance médicale pour les suspects qui la nécessitaient. Dans les dossiers n'impliquant pas l'Etat, le comité fait souvent office de médiateur entre les parties en conflit. Certaines plaintes concernent des litiges entre employeurs et employés. Dans de tels cas, le comité fournit une assistance juridique et propose une médiation ou d'autres moyens de réparation. Selon le comité, ce type d'interventions contribue à la réalisation des droits économiques et sociaux et au maintien de la paix.
Une attention est accordée à la situation des minorités et des populations autochtones. Toutefois, il faut noter l'encadrement strict du droit de grève et les accusations d'Amnesty International et du Congrès américain à l'encontre du Cameroun. Amnesty dénonce régulièrement l’existence de prisonniers d’opinion, notamment des journalistes (comme Puis Njawé, emprisonné pour outrage au chef de l’Etat), des militants des droits de l’homme, des membres des partis d’opposition.

 

Le paysage médiatique camerounais se caractérise par une presse écrite foisonnante, même si tous les titres ne paraissent pas régulièrement. Le secteur audiovisuel, longtemps limité à une seule chaîne de radio-télévision publique, la CRTV, connaît à présent un certain développement, tandis que le réseau des radios privées est assez dynamique, en particulier à Douala et à Yaoundé.
Les autorités camerounaises, par décret et arrêté du Premier Ministre du 9 décembre 2002, ont créé une carte de presse qui sera désormais attribuée par la nouvelle Commission nationale de délivrance de la carte de presse.
Cette commission mixte, rassemblant représentants de l'administration et professionnels de la communication, est présidée par M. Richard Ekoka Ewandé, ancien directeur de la Radio Nationale dans les années 1970-80.
Jusque là, la carte de presse était directement délivrée au journaliste par le responsable de son organe de presse.
Cette réforme, comme celle du 23 septembre qui institue un financement public des médias privés (cf. ci-après), est destinée à aider et à assainir le secteur des médias camerounais, dont la situation financière précaire les contraint, pour assurer leur audience, à recourir à des procédés journalistiques jugés contraires à la déontologie de la profession.
La presse privée a salué le principe de la réforme, mais est demeurée réservée sur les nominations des membres de la Commission de la carte.
La presse écrite apparaît comme le secteur médiatique le plus développé et le plus diversifié, ouvert aux initiatives privées et bénéficiant d'une liberté d'expression depuis la suppression de la censure préalable par la loi du 4 janvier 1996.
Une quinzaine de journaux paraissent régulièrement, dont un quotidien, le Cameroon Tribune qui est plutôt favorable au gouvernement et publie les décrets du Président de la République, les nominations et les appels d'offres. Ce journal est l'un des rares à être rédigé en version bilingue.
Les journaux d'opposition sont plus ou moins critiques à l'égard du gouvernement, qu'il s'agisse de quotidiens comme Mutations ou de publications bi ou tri-hebdomadaires, comme le Messager, La Nouvelle Expression, Dikalo ou encore The Herald.
La quasi-totalité de la presse camerounaise est concentrée à Douala et à Yaoundé et connaît une légère sur-représentation de la presse francophone. Les tirages des journaux oscillent entre 3 000 et 10 000, mais seuls quelques titres dépassent le seuil des 5 000 tirages.
La situation matérielle de la presse écrite camerounaise demeure problématique. Ne disposant que de moyens limités, la plupart des journaux connaissent une situation financière précaire liée notamment au coût élevé du papier et de l'impression et à l'étroitesse du marché publicitaire.
Cette situation est susceptible d'évoluer avec la mise en oeuvre de la réforme du financement public de la presse privée. Par arrêté du 23 septembre 2002, le ministère de la Communication a en effet institué un nouveau dispositif de soutien à la presse qui comprend une aide financière aux journaux, après instruction de leur dossier par une commission nationale, et un volet formation des journalistes.
Le secteur audiovisuel n'a pas connu la même effervescence que la presse écrite au cours de la décennie 1990 où la diffusion radio-télévision est restée le monopole de l'entreprise publique Cameroun Radio Television CRTV. En fixant les conditions de l'ouverture à la concurrence de la production et de la diffusion de radio et de télévision, le décret
du 3 avril 2000 portant application de la loi de décembre 1990 sur la liberté de communication sociale a permis l'apparition récente d'opérateurs privés.
Toutefois, leur situation juridique demeure à ce stade fragile. En effet, si une quinzaine de radios privées, ainsi qu'une télévision à Douala, émettent aujourd'hui légalement au Cameroun dans la mesure ou leurs dossiers complets ont été remis dans les temps à l'administration, aucune licence d'exploitation n'a encore été accordée. De fait, le développement de ces nouveaux médias audiovisuels reste limité.
Emettant en FM et en ondes moyennes, la CRTV compte 13 stations de radios. Le poste national, radio généraliste installée à Yaoundé, émet en FM (88.8) et en OM de 5h à 2h à travers tout le Cameroun en langue française (60%) et anglaise (40%). Les 10 stations provinciales installées dans les principales villes du pays produisent des émissions locales en français, anglais et langues traditionnelles, avec des plages horaires communes avec le poste national. Enfin, les deux radios locales les plus actives émettent en FM à Yaoundé (FM 94) et à Douala (FM 105) et ont une vocation musicale et commerciale.


S'y ajoutent désormais des radios privées, à caractère généraliste comme Siantou, Vénus et Magic FM à Yaoundé, Equinoxe à Douala, ou confessionnel comme Radio Reine (radio catholique, relayant Radio Notre-Dame de Paris ou, à l'occasion, Radio Vatican).
Depuis 2001, RFI et BBC émettent en FM à Yaoundé et Douala.
Seule chaîne nationale, la CRTV-télévision diffuse, depuis Yaoundé, des programmes en français et en anglais. Ses antennes dans les dix provinces du pays l'alimentent en images locales. En dehors des journaux d'information, de la communication institutionnelle, de certains débats ou jeux télévisés, les programmes d'origine nationale restent encore peu nombreux sur l'unique chaîne camerounaise.
La seule télévision privée DIGICOM-TV Max est installé à Douala. Les téléspectateurs se dotent fréquemment d'antenne parabolique ou d'abonnement à des réseaux câblés afin de capter les chaînes étrangères.

Sources : www.ambafrance-cm.org


 

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