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La mise à jour de cette notice a été faite par M. Boubacar
Issa Abdourhamane,
doctorant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
Le processus démocratique mauritanien a
été contrôlé par le pouvoir du colonel Maaouya SidAhmed Ould Taya. Cest en
avril 1991 que ce dernier annonce à la surprise générale, un prochain référendum
constitutionnel suivi délections générales. Lopposition et les syndicats
non autorisés, qui réclamaient la tenue dune conférence nationale, sont pris de
court. Malgré leur rejet de lagenda présidentiel, la nouvelle Constitution,
rédigée par une commission placée sous légide du Comité militaire de salut
national, est adoptée par référendum le 12 juillet 1991. Dès le 25 juillet, les partis
politiques sont autorisés et à la fin du mois, une amnistie générale des crimes contre
la sûreté de lEtat est décrétée. Cest un pas supplémentaire vers la
démocratisation depuis les élections municipales pluralistes de 1990.
Le pouvoir ayant conservé la maîtrise de lagenda, la transition démocratique
na pas débouché sur un bouleversement politique. Le 17 janvier 1992, se tiennent
les premières élections pluralistes. Le président Ould Taya gagne dès le premier tour
avec un score de 62,65%, mais lopposition dénonce des fraudes massives et refuse de
reconnaître les résultats. Par conséquent, les principaux partis dopposition
boycottent les deux tours de lélection législative (6 et 13 mars 1992). Le Parti
républicain démocratique et social (PRDS) du président Taya enlève 67 des 79 sièges.
Dix sièges vont à des indépendants et les deux restants à deux petits partis. Le même
scénario se reproduit aux élections sénatoriales des 3 et 10 avril. Elles sont
remportées par le PRDS qui gagne 36 sièges sur 56, les 17 restants allant à des
indépendants.
La faiblesse de lopposition mauritanienne semble saggraver avec les années et
le pouvoir na aucune peine à dominer la scène politique. En octobre 1996 (11 et
18), se tiennent les élections qui clôturent la première législature.
Lopposition est laminée puisquelle nobtient quun siège, 71
allant au PRDS et 7 aux indépendants. Elle se regroupe en février 1997 au sein dun
Front Uni des Partis dOpposition dans la perspective de lélection
présidentielle de décembre 1997. Le Front réclame entre autre, la création dune
Commission électorale indépendante, un nouveau code électoral et un nouveau fichier
électoral. Cependant, ce front se fissure dès le mois de juin. En labsence
dadversaires sérieux de lopposition, qui a choisi de boycotter le scrutin en
labsence des garanties de transparences demandées, le Président Taya na
aucune peine à gagner avec 90,15% des suffrages dès le premier tour.
Lopposition mauritanienne semble plus que jamais affaiblie et ses chances de gagner
des élections samenuisent. Le pouvoir de son côté, ne semble pas sêtre
débarrassé de la logique de parti unique. Les problèmes communautaires semblent être
au centre des oppositions politiques. Un Front de libération africaine de Mauritanie
(FLAM) a mené des actions armées en invoquant la situation de marginalisation des
négro-mauritaniens. Linstitutionnalisation de la démocratie a donc du chemin, à
limage de la cohabitation au sein de lEtat.
La Constitution mauritanienne consacre la
prépondérance du pouvoir exécutif qui, bien que bicéphale, est dominé par le
Président de la République, élu pour un mandat de 6 ans renouvelable indéfiniment. Il
doit être de religion musulmane. Il nomme le Premier ministre et ses ministres, dispose
du pouvoir réglementaire, promulgue les lois, signe et ratifie les traités, il a aussi
la possibilité de saisir le peuple par voie de référendum (art. 38), et prononcer la
dissolution de l'Assemblée nationale. Le Premier ministre, s'il définit la politique du
gouvernement, reste sous l'autorité, voire la tutelle du Chef de l'Etat.
Le Parlement, composé de l'Assemblée nationale (79 membres) et du Sénat (56 membres),
détient le pouvoir législatif. Les députés sont élus pour 5 ans au suffrage direct et
les sénateurs pour 6 ans au suffrage indirect. La Constitution définit les termes de la
responsabilité du gouvernement devant l'Assemblée nationale, laquelle peut voter une
motion de censure (art. 74). L'initiative des lois appartient au gouvernement et aux
députés. Le Parlement peut voter une loi d'habilitation autorisant le gouvernement à
prendre des mesures qui appartiennent normalement au domaine de la loi, des ordonnances.
En cas de vacance du pouvoir, cest le Président du Sénat qui assure
lintérim du Président de la République.
Le Conseil constitutionnel est garant de la constitutionnalité des lois que le Parlement
vote et est également juge de la régularité des élections. Ce Conseil comprend six
membres, dont le mandat de neuf ans n'est pas renouvelable. Les membres du Conseil sont
nommés par le Président de la République (3 membres dont le Président du conseil), le
président de l'Assemblée Nationale (2 membres) et par le Président du Sénat (1
membre). Les membres du Conseil ne peuvent appartenir à aucune instance dirigeante ou
parti politique. Les décisions du conseil ne sont pas susceptibles de recours.
La Mauritanie dispose en outre de deux institutions consultatives : le Haut Conseil
Islamique, composé de 5 membres désignés par le chef de lEtat et le Conseil
Economique et Social.
Lors de la célébration du 40e anniversaire de l'indépendance nationale, le Président
Ould Taya a annoncé une révision des lois organiques relatives à l'élection des
députés et sénateurs en vue d'introduire une dose de proportionnelle.
La fonction publique est régie par larticle 18 de la constitution de 1961, le président nomme aux emplois civils de lEtat. Toutefois le pouvoir de nomination et de sanction du président est relativisé par le principe du « contreseing obligatoire » défini par larticle 19 de la constitution de 1961. Le décret n°67-266 du 4 novembre 1967 relatif à la composition du Conseil supérieur de la fonction publique (où le ministre de fla fonction publique est représenté) précise que celui-ci peut être saisi pour avis concernant des problèmes dintérêt général affectant la fonction publique et les fonctionnaires, il existe aussi des compositions paritaires prévue par les articles 19-20 de la loi n°67-169 du 18 juillet 1967 sur le statut général des fonctionnaires.
L'organisation administrative de la
Mauritanie subdivise le territoire en douze régions et un district, mais la répartition
des compétences entre les différents échelons de l'administration est peu claire. En
effet, il arrive que la loi de décentralisation confie des responsabilités aux communes
sans les avoir retirées à l'administration centrale. La région est d'une part une
circonscription administrative de l'Etat et d'autre part une collectivité territoriale.
Dans l'ordre alphabétique, les douze régions sont : le district de Nouakchott, la
région dAdrar, Assaba, Brâkna, Dakhlet Nouadhibou, Gorgol, Guidimaka, Hodh Ech
Chargui, Hodh El Charbi, Inchiri, Tagânt, Tiris Zemmour et enfin Trârza. En outre,
depuis 1986 le projet de décentralisation a eu pour résultat la création de 208
communes. Des élections municipales ont été organisées régulièrement depuis le
premier scrutin pluraliste de 1990. Les conseils municipaux, dominés par le PRDS, ont
été renouvelés en 1994 et en janvier-février 1999.
Le district de Nouakchott a été transformé en communauté urbaine le 3 juillet 2001,
cette communauté urbaine scindée en 9 communes ne fait pas lunanimité.
La Constitution garantit l'indépendance de la justice et, le juge, d'après l'article 90, n'obéit qu'à la loi. Par ailleurs, le pouvoir judiciaire est détenu par des Cours de première instance à Nouakchott, Atar, Aioun, El Atrouss et Kiffa. La jurisprudence islamique a été adoptée en 1980. Par contre, la Mauritanie n'a pas créé une nouvelle législation, sur le statut personnel par exemple, mais a fait fonctionner le droit occidental sur la base d'un droit exclusivement musulman. La nouvelle Constitution proclame l'Islam seule source du droit et prévoit des institutions consultatives comme le Haut conseil islamique composé de cinq membres.
Lorsquelle statue en chambre
administrative, la Cour suprême se compose de son président ou de lun de ses
vice-présidents et de deux conseillers administratifs qui nont quune simple
voie consultative. Le président de la cour est nommé pour cinq ans par le chef de
lEtat, les vice-présidents sont choisis en raison de leur compétence et de leur
spécialisation juridique. Les conseillers administratifs, choisis parmi les
fonctionnaires ayant une expérience assez longue en matière administrative, sont nommés
pour deux ans par décret du chef de lEtat.
Larticle 24 de lordonnance 84-144 précise que la Cour suprême statuant en «
matière administrative » connaît en premier et dernier ressort des recours pour excès
de pouvoir, des litiges relatifs à la situation individuelle des fonctionnaires, des
litiges relatifs au domaine public. Elle connaît en outre, en cassation, des « affaires
administratives » jugées en premier ressort par les chambres mixtes des tribunaux
régionaux. La Cour suprême apparaît donc comme un véritable juge administratif de
droit commun, compétent pour connaître de lensemble du contentieux de
lannulation et dune très grande partie du plein contentieux.
La nouvelle Constitution garantit que
"les partis et groupements politiques concourent à la formation et à l'expression
de la volonté politique". Les partis islamiques sont interdits bien que la loi exige
de toutes les formations politiques, le respect de l'islam.
Parmi les partis les plus importants se trouvent, le Parti républicain démocratique et
social (PRDS) du président Ould Taya, qui exerce une écrasante domination sur la scène
politique avec 71 des 79 sièges que compte l'Assemblée nationale. Se trouvent aussi dans
la mouvance présidentielle, le Rassemblement pour la démocratie et l'unité nationale
(RDU), dirigé par Ahmed Ould Sidi Baba et lUnion pour la démocratie et le progrès
(UDP) qui a soutenu la candidature du Président Taya en 1996.
L'opposition est représentée par l'Union des forces démocratiques (UFD) coalition de
divers partis avec à sa tête Ahmed Ould Daddah, demi-frère de Mocktar Ould Daddah,
premier Président de la Mauritanie. L'UFD-ère nouvelle a été dissous par le
gouvernement en octobre 2000 pour "incitation à la haine et à la violence". La
Cour suprême mauritanienne, ultime instance judiciaire du pays, a confirmé cette
dissolution.
Cependant, une aile de l'UFD, refusant de reconnaître la légitimité du PRDS a, dès
1993, formé un nouveau parti : l'Union pour la démocratie et le progrès (UDP) avec à
sa tête Hamdi Ould Mouknassa. L'opposition a donc été affaiblie puisque le Mouvement de
la Démocratie et de l'Indépendance (MDI), ainsi que El Hor (parti représentant les
arabes harratines) ont quitté l'UFD en juillet 1994, laquelle se nomme aujourd'hui
UFD-ère nouvelle et est essentiellement constituée du noyau dur du Mouvement National
Démocrate (MND).
Messaoud Ould Boukheir est maintenant à la tête dAction pour le Changement (AC).
Excepté les 7 députés indépendants, un seul élu AC représente lopposition à
lAssemblée. Le 12 mars 2002, la Cour suprême a confirmé la dissolution du parti
AC. Le 11 juillet 2002, les anciens partisans de Ould Daddah créent le Rassemblement des
Forces Démocratiques, ce dernier rejoint le parti à son retour dexil en décembre.
Un 31ème parti a vu le jour en août 2001, Mohamed Ould Abdellahi Ould Eyyé dirige le
Parti de la Renaissance Nationale (PRN).
Les syndicats ont été regroupés dès
1961 au sein de l'Union des travailleurs mauritaniens (UTM), forte de 45.000 membres.
Celle-ci a pris un moment ses distances vis-à-vis du pouvoir, mais elle sen est
rapprochée depuis lors. Avec la libéralisation politique et la reconnaissance
constitutionnelle des libertés syndicales, les syndicats se sont multipliés. On
dénombre aujourdhui dautres centrales syndicales : la Confédération
générale des travailleurs de Mauritanie (CGTM), la Confédération libre des
travailleurs de Mauritanie (CLTM, proche de lopposition).
De nombreux syndicats sectoriels existent parmi lesquels le Syndicat des travailleurs de
lenseignement secondaire (SIPES) ou encore le Syndicat national des dockers (SND).
Malgré divers engagements internationaux
et son adhésion à la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), à la Charte
africaine des droits de l'homme de 1981, la Mauritanie est encore clouée au pilori par
les organisations de défense des droits de l'homme, notamment par Bouh Camara, le
Président de lAssociation Mauritanienne des Droits de lHomme (AMDH), par
Boubacar Ould Messoud, président de SOS esclavage et par la fédération internationale
des droits de lhomme qui dénonce " un net recul des libertés fondamentales
".
Bien qu'officiellement aboli, l'esclavage reste malheureusement ancré dans les pratiques
en raison du manque de surveillance des autorités en ce qui concerne l'application de la
loi. De plus, de nombreux prisonniers politiques meurent mystérieusement chaque année,
tandis que la communauté négro-africaine souffre encore de discrimination et de violence
depuis les "événements d'avril 1989". Human Right Watch/Africa, organisation
américaine, a accusé le gouvernement d'organiser des campagnes de terreur envers la
population noire. Amnesty International accuse également ce pays chaque année de
violations flagrantes des droits de lhomme. Ces violations ont donné lieu à
l'inculpation d'un officier mauritanien par un juge français qui s'est déclaré
compétent sur la base de la Convention de l'ONU contre la torture, suite aux plaintes
déposées par des victimes de la répression de 1989 qui ont identifié cet officier
comme un des auteurs des tortures et autres mauvais traitements dont ils ont été
victimes.
Par ailleurs, les libertés de manifestation et dassociation rencontrent de grandes
limites : lors des émeutes de la faim de 1995, récupérées par l'opposition impuissante
dans les sphères politiques, les autorités ont répondu par un couvre-feu et
l'arrestation des leaders de l'UFD et de l'UDP. Plusieurs leaders dopposition (
Action pour le changement et Alliance progressiste populaire) ont été arrêtés en
janvier 1997 pour " relations douteuses avec la Libye ". En mars 1998, 5
militants de lAssociation mauritanienne des droits de lhomme (AMDH) qui
dénonçaient lesclavage, ont été condamnés à 13 mois de prison avant
dêtre graciés par le chef de lEtat. En 1999, le leader de lUnion des
Forces démocratiques (UFD) et dautres opposant ont été arrêtés avant
dêtre relaxés. En octobre 2000, c'est le parti qui est dissous. Les harcèlements
contre les opposants sont devenus une routine en Mauritanie. En mai 2002, cest le
président de SOS-esclavage, Boubacar Ould Messaoud qui est arrêté.
La Constitution du 12 juillet 1991 reconnaît la liberté
dexpression aux citoyens et une ordonnance sur la presse a été promulguée par le
Comité militaire de salut national le 25 juillet 1991 dans la foulée des mesures de
libéralisation. LAssociation nationale de la presse indépendante a vainement
réclamé le réexamen de la législation sur la presse quelle estime répressive.
Une soixantaine de titres paraissent en arabe ou en français. On peur citer entre autres Mauritanie
nouvelles, Le Calame, La Vérité pour les journaux indépendants
auxquels on peut ajouter les deux journaux satiriques, La Tortue et L'indépendant.
Al Joumhouriya, Al Moustaqbal, Chaab et Horizons sont
directement liés au parti au pouvoir, le PRDS, via le ministère de la communication.
La liberté de la presse s'exerce cependant avec de nombreuses restrictions qui deviennent
vite des entraves pour la profession : non seulement les journalistes sont tenus de respecter
les principes de l'islam et les valeurs culturelles nationales, mais en
plus, la création d'un journal nécessite l'approbation du ministère de
lintérieur. Par ailleurs, il n'existe pas de véritable réseau de distribution à
l'échelle nationale en plus de létroitesse du marché. La presse est donc loin de
constituer un véritable contre-pouvoir, dautant que les journaux indépendants sont
souvent censurés par le ministère de lintérieur à travers des saisies et ses
interdictions provisoires. Reporters Sans-frontières note dans un rapport que
"depuis le 1er janvier 2000, neuf journaux ont été saisis en Mauritanie".
Enfin, les ondes sont toujours monopolisées par les organes publics : la radio et la
télévision nationales ne sont pas encore concurrencées par des chaînes indépendantes.
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