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La mise à jour de cette notice
a été faite par M. Sory Baldé,
étudiant au CEAN, IEP-Université Montesquieu-Bordeaux IV
Le Tchad a connu, depuis octobre 1965, une
situation de guerre civile qui a failli détruire l'Etat et qui n'est pas encore tout à
fait terminée : dans différentes régions, des mouvements politico-militaires
s'opposent, toujours les armes à la main, au gouvernement en place à N'Djaména qui, de
ce fait, est loin de contrôler tout le territoire national. Une telle situation n'est
guère propice à un processus de démocratisation authentique. Le régime de Hissein
Habré (1982-1990), plus particulièrement, était connu pour ses tendances autoritaires
et son mépris pour les droits de lhomme.
Le 1er décembre 1990, le colonel (aujourd'hui général) Idriss Déby chassa son
prédécesseur du pouvoir. Contrairement aux seigneurs de guerre précédents, il promit
cependant la démocratisation du pays dès le début de son règne. Depuis, un processus
démocratique lent et hésitant a effectivement commencé. Dès décembre 1990, une presse
indépendante a pu prendre son essor. En janvier 1992, les partis politiques furent
autorisés, et du 15 janvier jusqu'au 7 avril 1993, une Conférence nationale souveraine
(CSN) a tenu ses assises. Elle a rédigé une Charte de la transition et formulé de
nombreuses recommandations. Celles-ci ont trait au maintien du Président de la
République dans ses fonctions, à linstauration dun conseil supérieur de la
transition (CST) composé de 57 membres élus par la conférence, à lélection
dun Premier ministre par le CST devant lequel il est responsable.
Le Premier ministre est effectivement élu dès le 6 avril. La période de transition
débouchant sur des élections présidentielles et parlementaires libres, ne devait en
principe durer qu'une seule année, mais depuis avril 1993 de nombreux blocages sont
apparus, compromettant lagenda initial. Ils ont pour fondement, des divergences
entre le Premier ministre et le Président de la République, des renversements par motion
de censure ou démission des Premiers ministres successifs, ou encore la suspension par
lopposition, de sa participation aux institutions de la transition. Celle-ci a été
en conséquence prorogée par deux fois. Le projet de Constitution présenté en janvier
1995 nest soumis au référendum que le 31 mars 1996 et adopté par 63,5% des
suffrages. Les élections présidentielles se sont finalement tenues les 2 juin et 3
juillet 1996. Elles sont remportées par Idriss Déby opposé à Wadal Abdoulkader
Kamougué au second tour. Lopposition a cependant contesté la régularité du
scrutin dès le premier tour.
Ces élections présidentielles ont été suivies, début 1997, par des élections
législatives lors desquelles le Mouvement patriotique du salut (MPS), parti
présidentiel, a obtenu une majorité relative de 55 sièges sur les 125 que compte
l'Assemblée nationale. Mais ce parti dépose des recours en annulation qui lui
permettent, après la décision de la Cour, de se retrouver avec la majorité absolue de
63 sièges. Les résultats de ce scrutin ont également été contestés par l'opposition,
dont une partie importante a fini par sallier au pouvoir dans un gouvernement de
coalition.
Malgré la signature de plusieurs accords entre le Président Déby et certaines factions
armées comme les Forces armées pour la République fédérale (FARF) de Laokein Bardé,
ou le Front de libération national du Tchad -forces armées populaires (FROLINAT- FAP) de
lex-Président Goukouni Oueddèye, linstabilité perdure, notamment dans le
Sud, dans la région du lac Tchad et plus récemment dans le Nord. Dans cette région du
Tibesti, aux confins de la Libye, lancien ministre Youssouf Toigoimi mène une
guérilla qui menace aujourdhui le pouvoir du président Déby et par conséquent,
les institutions mises en place depuis le référendum constitutionnel de 1996.
La tenue des élections législatives prévues pour mars 2001 a été un grand objet de
débat. La Commission électorale nationale indépendante du Tchad, dont la composition
est contestée par l'opposition parlementaire a demandé le report de ce scrutin compte
tenu du retard enregistré dans le processus de préparation. L'opposition déjà
dénonçait le verrouillage en cours de ces élections. En effet, l'Assemblée Nationale
dominée par le MPS du Président Idriss Déby a adopté en août 2000 une loi qui porte
le nombre de députés dans le futur parlement à 155 au lieu des 125 à lépoque.
Les députés, dont le mandat devait prendre fin en janvier 2000, ont alors émis la
possibilité de le proroger en attendant l'organisation des législatives dans environ un
an.
Le premier tour des élections présidentielles tchadiennes a eu lieu le 20 mai 2001.
Selon lAFP, les Tchadiens ont voté massivement et dans le calme même si trois
observateurs tchadiens ont été légèrement blessés dans une rixe. Le 28 mai, la CENI a
déclaré Idriss Déby vainqueur des élections présidentielles dès le premier tour avec
la majorité absolue de 67,35% des suffrages exprimés. Si cette victoire a donné lieu à
une liesse populaire chez les partisans du président sortant, elle a été très vite
contestée par les six candidats malheureux de lopposition, qui ont vu leur meeting
annulé et qui ont été interpellé puis relâchés par les forces de lordre le
jour même. Lassociation SURVIE a même parlé de ?réelection-bidon?.
Les opposants tchadiens se sont très vite mobilisés et lambassade de la
République du Tchad en France a été assiégée. Selon la FIDH, quatre jeunes militants
tchadiens de lopposition ont trouvé la mort suite aux manifestations de
contestation qui ont suivi le communiqué de la CENI dans cette seule journée du 28 mai.
Dès le 29, la mort dun autre militant de lopposition suite à ses blessures
ravive le mouvement de contestation de la victoire du Président Déby et des associations
appellent à des journées ?ville-morte?. Malgré lappel au calme du CPAL, des
mouvements rebelles dénoncent le déroulement du scrutin présidentiel et la tension
post-électoral devient très vive. Le 31 mai, le Parti socialiste français parle même
de ?coup de force électoral? au Tchad, ce qui suscite lindignation du parti au
pouvoir (MPS).
Le 02 juin, les candidats de lopposition déposent des recours devant le Conseil
Constitutionnel afin de faire annuler le scrutin présidentiel sous le motif de fraudes
électorales, avec des arguments à lappui. Mais le 13, le Conseil Constitutionnel
confirme la réélection de Déby et dès le lendemain le ministère de lIntérieur
lève toutes les mesures anti-manifestations qui avaient été prises. La situation
revient à son calme malgré les déclarations du CPAL qui qualifie les élections de
?nulles et non avenues? et les appels de lopposition à des journées ?ville-morte?,
qui sont très peu suivis à Ndjaména comme dans le reste du pays.
Malgré ces contestations, le Tchad semble lancé dans une démocratisation il est vrai
assez timide depuis larrivée au pouvoir dIdriss Deby et lintroduction,
comme dans les autres pays du continent, de la notion de ? bonne gouvernance?. La
création au Tchad dinstitutions de la bonne gouvernance (cellule
économique, inspection générale des finances, etc.) est une étape importante. En le
faisant, le Tchad et ses partenaires financiers visent lefficacité technique et
amplifient le côté mécanicien , fonctionnaliste de la bonne gouvernance :
les procédures (marchés publics, fiscalité, douanes...) et les indicateurs
macro-économiques. Leffort de visibilité de ces institutions à travers des sites
Internet, des bulletins dinformation ne présume rien de leur efficacité interne.
Deux risques majeurs existent : linstauration dune dictature de bureaucrates
chasseurs de taxes et redevances et la valorisation dun discours purement
cosmétique sur la bonne gouvernance.
La seconde dimension, plus difficile à mettre en oeuvre, concerne la qualité des
institutions politiques cest-à-dire le style et le mode de gouvernement. Le défi
pour le Tchad est de renforcer la bonne gouvernance dans un contexte dincertitude
politique (personne ne peut définir la vision du Tchad à long terme dans ce domaine)
consécutive aux rébellions cycliques et à la rotation vertigineuse des équipes
gouvernementales.
Les efforts internes tout comme lassistance extérieure en matière de gouvernance
doivent donc impérativement converger pour limiter les risques dinstabilité
propres aux processus de démocratisation et pour réduire la pauvreté. Une assistance à
la bonne gouvernance devra donc inclure une assistance aux processus électoraux, aux
partis politiques, aux institutions de lEtat et à la société civile. Tous ces
acteurs participent à la régulation de la société malgré les concurrences, les
conflits et les oppositions. Ce genre dinvestissement à long terme permettra au
Tchad de résoudre la crise du pouvoir politique qui a depuis toujours freiné le
développement. Il nest plus à démontrer que la manière dont le pouvoir est
conquis détermine le type de gouvernance mis en place ainsi que les pratiques de gestion
de celui-ci.
On laura aussi compris, lobligation de bien gouverner concerne aussi bien les
appareils dEtat que les entreprises et les autres institutions privées
associatives. Il est alarmant de constater avec quelle fidélité de nombreuses
entreprises et organisations de la société civile reproduisent les pratiques et les
manquements souvent reprochés aux responsables de services publics : servitude
contractuelle, violation de droits sociaux, refus dalternance dans les postes de
responsabilité, résistance à rendre compte de sa gestion, absence de contrôle,
concentration de pouvoirs, pratiques frauduleuses, etc. Avec de tels déficits, il est
difficile de se montrer exigeant vis-à-vis des gouvernants et de les pousser à plus de
transparence et déquité dans la gestion des affaires du pays. Faut-il encore le
dire, en matière de gouvernance, le Tchad est un gigantesque chantier. Sources : AFP, FIDH, Amnesty
International, CEFOD.
La Constitution a été adoptée par
référendum du 31 mars 1996. Elle instaure officiellement un régime semi-présidentiel.
Le Président de la République est élu au scrutin uninominal majoritaire à deux tours,
pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Il est le chef de lEtat. Il
nomme le Premier Ministre et met fin aux fonctions de celui-ci sur présentation par ce
dernier de la démission du Gouvernement. Sur proposition du Premier Ministre, il nomme
les membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. Plus important dans ses
rapports avec le Gouvernement, il préside le Conseil des ministres.
Dans ses rapports avec le Parlement, le Chef de lEtat peut dissoudre
lAssemblée nationale en cas de ?crises persistantes? entre le pouvoir exécutif et
le pouvoir législatif, ainsi que le stipule lart. 83 de la constitution.
LAssemblée nationale peut également être dissoute par le Président de la
République si elle a déposé deux motions de censure contre le Gouvernement en
lespace dun an. Le Premier ministre nommé par le Président doit présenter
son programme de gouvernement à l'Assemblée nationale (125 membres portés à 155 en
août 2000) pour être investi définitivement. Il est responsable devant le Parlement.
Le parlement tchadien comprend l'Assemblée nationale et le Sénat qui exercent le pouvoir
législatif. Les députés sont élus pour quatre ans au suffrage universel direct alors
que les sénateurs, représentants des collectivités décentralisées, sont élus pour
six ans au suffrage indirect par un collège de conseillers locaux. Notons quen cas
de vacance de la Présidence de la République, cest le président du Sénat qui
assure lintérim bien quil soit élu au suffrage indirect. Le Sénat na
pas été mis en place et l'Assemblée nationale étant acquise à lexécutif, la
distinction entre ces deux pouvoirs est actuellement plutôt formelle.
La Constitution consacre
lindépendance du pouvoir judiciaire et institue un seul ordre de juridiction dont
la Cour Suprême est la plus haute instance. La Cour Suprême (qui connaît du contentieux
des élections locales), les Cours d'appel les tribunaux et les Justices de paix exercent
ce pouvoir judiciaire. Il existe un conseil supérieur de la magistrature, qui est
cependant présidé par le Président de la République, avec en sus, le Ministre de la
justice comme vice-président.
Par ailleurs, le droit tchadien reconnaît les règles coutumières et traditionnelles
pour autant quelles ne soient pas contraires à lordre public, quelles
sappliquent dans les communautés où elles sont reconnues et quelles le
soient de manière consentie. Notons quen matière matrimoniale ou de succession,
les Tchadiens recourent presque exclusivement au droit traditionnel.
En matière de régulation des activités des pouvoirs publics et du fonctionnement des
institutions, le Tchad dispose dun Conseil constitutionnel prévu par le Titre VII
de la Constitution du 31 mars 1996. Créé par la loi organique n° 19 du 2 novembre 1998,
le Conseil Constitutionnel est composé de neuf membres, dont trois magistrats et six
juristes de haut niveau nommés tous de manière égale par le Président de la
République, le Président du Sénat et le Président de lAssemblée nationale ; ils
sont inamovibles, élus pour un mandat unique de neuf ans à égalité par le Président
de la République et les deux chambres du Parlement. La saisine du conseil est ouverte aux
trois responsables de ces institutions, mais aussi par voie dexception, aux simples
citoyens. Il connaît de lensemble du contentieux électoral à lexception de
celui des élections locales, juge de la constitutionnalité des lois et règle les
conflits dattributions entre les institutions de lEtat. Le Conseil
constitutionnel, qui est tout nouveau, est critiqué pour son manque dindépendance
vis-à-vis du pouvoir notamment à loccasion des élections.
Il existe également une Haute Cour de Justice compétente pour juger les personnalités
de lEtat et un Haut Conseil de la Communication dont lautonomie reste à
conquérir. La Haute Cour de Justice est compétente pour juger le Président de la
République et les membres du Gouvernement ainsi que leurs complices en cas de haute
trahison.
Dans le paysage politique tchadien actuel, le
thème de la décentralisation reste lun des défis principaux. Comme dans
dautres pays dAfrique de lOuest et dAfrique centrale, à savoir le
Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Ghana, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le
Sénégal, une grande majorité de la classe politique ainsi quune importante partie
de la population du Tchad souhaitent sécarter de lEtat centralisé et ainsi
atteindre à des niveaux différents une plus grande participation démocratique. Les
Tchadiennes et les Tchadiens espèrent contribuer de cette façon à une paix intérieure
et promouvoir le développement local. La constitution adoptée le 31 mars 1996 par
référendum prévoit conformément dans son Titre 11 la création « Des collectivités
territoriales décentralisées » dotées de la personnalité morale. Elles bénéficient
dune autonomie administrative, financière, patrimoniale, économique, culturelle et
sociale.
Daprès larticle 205 de la constitution, la liberté dadministration est
assurée par les assemblées locales élues. Dès lors, il sagit de mettre en
application ces dispositions de la loi fondamentale. Parallèlement aux deux lois déjà
promulguées, il sagit aussi délaborer des lois, des décrets permettant de
déplacer plus vers la base des compétences et des ressources, de mettre en place ou de
renouveler des administrations locales, départementales et régionales, dorganiser
et dexécuter la formation de ces agents de la fonction publique et denquêter
sur les attentes de la population quant au processus de décentralisation. Le cabinet du
Premier ministre en étroite collaboration avec les ministères concernés, spécialement
le Ministère de lIntérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, essaie de
faire avancer le processus de décentralisation prudemment et pas à pas. Elle est
soutenue par le comité technique de rédaction du cadre législatif et réglementaire de
la décentralisation.
Les conseillers concernés au cabinet du Premier ministre font partie dun réseau
international de décentralisation pour sinspirer des expériences dautres
pays et pour mettre à leur disposition les matériaux de décentralisation au Tchad.
Finalement on peut aider avec cet échange international les acteurs et les
bénéficiaires de la décentralisation, autrement dit, les populations du Tchad.
Schématiquement, au Tchad la centralisation du pouvoir signifie quun seul centre de
décision installé généralement dans la capitale régente le pays. Ce centre renferme
en son sein les fonctions constitutives du pouvoir dÉtat. Sous lautorité du
Chef de lÉtat en tant que garant de leffectivité du pouvoir dÉtat,
les différentes fonctions sont exercées de manière à assurer lunité du pouvoir
dÉtat. La réalisation pratique de cette unité du pouvoir dEtat est une
déconcentration politique, administrative et territoriale.
Dans les techniques dorganisation de lÉtat, la décentralisation au Tchad
relève en principes dun aménagement du pouvoir qui fait participer la population
à lexercice de ce pouvoir.
La centralisation corrigée par la déconcentration a pour but de renforcer lunité
politique de lÉtat. La décentralisation sintéresse beaucoup plus à la
population et relève de la logique démocratique. Le statut des collectivités
territoriales décentralisées et leur régime électoral est aussi réglé de la même
manière par une loi comme le dispose le titre XI de la Constitution du 31 mars 1996. De
façon énumérative, les collectivités locales sont les communautés rurales, les
communes, les départements et les régions.
Ces collectivités sont dotées de la personnalité morale et de lautonomie
financière. Les conseillers locaux sont élus pour un mandat de six ans au suffrage
universel direct. LEtat est présent à travers le mécanisme de déconcentration
qui se traduit par la nomination de chefs des différentes unités administratives qui
correspondent aux collectivités. La mise en uvre des principes de décentralisation
énoncés se fait cependant attendre et pour le moment, seules les autorités
déconcentrées sont en place. Les maires et les conseillers municipaux sont également
nommés. En août 2000, le parlement tchadien a adopté dans le cadre de la
décentralisation un découpage administratif qui crée 118 sous-préfectures.
Sources : Centre détudes et de formation
pour le développement (CEFOD), Textes de loi sur la décentralisation au Tchad.
Le Tchad compte plus de soixante-dix partis politiques depuis que le multipartisme a été autorisé par ordonnance en 1992 et confirmé par la Constitution de 1996. Certaines des formations politiques sont issues de mouvements de guérillas qui se transforment en partis à la suite daccord de paix ou de transformation des rapports de forces militaires. Les principaux sont : le Mouvement patriotique du salut (MPS) du Président Idriss Déby ; lUnion Nationale pour le Développement et le Renouveau (UNDR) de Saleh Kebzabo, opposant coopté dans le gouvernement ; lUnion pour le Renouveau et la Démocratie (URD), du Général Kamougué, ancien chef de guerre devenu opposant modéré, et président de l'Assemblée nationale ; lUnion Nationale (UN) dAbdoulaye Lamana ; le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) de Lol Mahamat Choua ; VIVA RNDP de Kassiré Delwa Coumakoye, ancien Premier ministre de transition ; lUnion pour la Démocratie et la République (UDR) de Jean Alingué ; le Front dAction pour le Renouveau (FAR) de Ngarlejy Yorongar.
La Constitution reconnaît la liberté syndicale et le droit de grève (art. 28 et 29). Il existe de nombreux syndicats sectoriels dont le Syndicat des enseignants du Tchad (SET) et plusieurs centrales syndicales autonomes qui disposent de capacités de mobilisation inégales : l'Union des syndicats du Tchad (UST) ; la Confédération libre des travailleurs du Tchad (CLTT) ; la Confédération syndicale du Tchad (CST). Le mouvement syndical tchadien est relativement faible.
A l'instar de plusieurs autres pays
d'Afrique francophone, le Tchad a connu une ouverture politique notable au début des
années 90. Le système de parti unique a officiellement pris fin et une conférence
nationale a été organisée dans le but de définir les conditions du passage à la
démocratie et à l'Etat de droit. Des organisations indépendantes de défense des droits
de l'homme ont été créées. C'est dans ce contexte éphémère que la Commission
Nationale des Droits de l'Homme (CNDH) a vu le jour. L'idée, suivie plus tard du texte
constitutif, a été lancée par des militants des droits de l'homme membres de la Ligue
Tchadienne des Droits de l'Homme (LTDH), une ONG créée en février 1991. En 1993, la
Conférence Nationale qui réunissait acteurs publics et privés pour mettre au point le
processus de démocratisation a officiellement proposé la création d'une commission des
droits de l'homme.
Les conditions politiques et l'attitude de l'élite tchadienne au pouvoir n'ont toutefois
pas favorisé cette transition. Idriss Deby, président depuis 1990, est le dernier d'une
longue lignée de dirigeants (du Nord pour la plupart) arrivés au pouvoir par des moyens
militaires et avec le soutien de puissances étrangères. Il a renversé Hissène Habré,
dont les années au pouvoir avaient été marquées par des meurtres et des tortures
systématiques, avec le soutien des Français qui maintiennent au Tchad leur plus gros
contingent en Afrique et ont exercé une influence importante sur les gouvernements
tchadiens successifs. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Deby a réprimé une
insurrection militaire dans le Sud, causant des pertes massives parmi la population
civile, et il continue à être confronté à une insurrection de moindre ampleur dans le
Nord. Ses forces de sécurité continuent à commettre de graves violations des droits de
l'homme.
Le Tchad a organisé des élections présidentielles en 1996 et parlementaires en 1997,
suite auxquelles les membres du parti au pouvoir ont remporté soixante-cinq sièges sur
125 mais de nombreuses manipulations et fraudes ont été dénoncées lors de ces deux
élections. Une coalition entre les deux plus grands groupes politiques a ensuite
annihilé l'opposition parlementaire, réduite à deux députés. Le plus bruyant des
deux, Yarongar Ngarlejy, a passé une bonne partie de l'année 1999 en prison sous
l'inculpation de diffamation en raison de ses déclarations sur le favoritisme ethnique et
la corruption qui touche un grand projet pétrolier qui pourrait doubler les revenus
annuels du gouvernement. Son arrestation s'inscrit dans ce que le représentant de la
Commission des Droits de l'Homme de l'ONU a qualifié de `monolithisme' croissant du
débat public. Malgré son rôle fondamental pour l'ensemble de la société tchadienne,
la CNDH souffre malheureusement encore d'un manque aigu de moyens et de publicité. Une
bonne partie de la population n'est pas au courant de son existence et elle n'est pas du
tout présente dans les provinces. Son centre de documentation ne contient que quelques
rares publications et n'est presque pas fréquenté. Depuis le début de 1998, la CNDH n'a
publié que trois avis concernant principalement la formation et l'éducation mais qui,
malheureusement, ne soulevaient aucune question importante relative aux événements qui
ont secoué le pays. De plus, les organisations des droits de l'homme et une partie de la
presse accusent souvent la CNDH de pencher en faveur des autorités, ce qui ne contribue
pas à améliorer son image auprès de la population.
On trouve également une Association tchadienne pour la promotion et la défense des
droits de lhomme, ainsi quune Ligue tchadienne des droits de lhomme.
Cependant, les libertés fondamentales énoncées par la Constitution du 14 avril 1996
connaissent de nombreuses entorses dans ce pays à linstabilité chronique, où la
guerre civile est allée de pair avec la violence politique et la diffusion des armes
individuelles. Amnesty International tout comme lUnion européenne ont souvent
dénoncé les violations des droits de lhomme reconnus dans la Constitution. Ces
violations se sont opéré à travers des mesures individuelles, à limage des
arrestations et des violences dont se plaignent régulièrement les leaders de
lopposition (Saleh Kebzabo avant sa cooptation, Ngarlejy Yorongar, opposant et
dirigeant dun journal...). Elles ont également trait à des exécutions sommaires
et aux répercussions de la guerre entre larmée et les rebelles sur les populations
civiles dans le Tibesti, dans le lit du lac Tchad et dans le sud du pays.
En janvier 2000, une information judiciaire soutenue par plusieurs organisations de
défense des droits de l'homme, a été ouverte contre l'ancien Président tchadien
Hissein Habré, résidant à Dakar à lépoque, pour "actes de torture et
génocide ?. Saisie par ces organisations qui sétaient constitué partie civile, la
justice sénégalaise sest déclarée incompétente pour connaître de la question,
les faits invoqués sétant déroulés dans un pays tiers. Hissein Habré a
finalement quitté le Sénégal sous la pression des autorités publiques.
Sources : Human Rights Watch
A linstar de la plupart des Etats qui ont initié un processus démocratique, le Tchad a connu une libéralisation de la presse dès 1990. La floraison de titres sest accompagnée cependant dun reflux avec la disparition de nombreux titres. Plusieurs journalistes ont été assassinés entre 1991 et 1993 et les journaux ont du mal à se vendre. Outre le quotidien dEtat, Info Tchad, il existe plusieurs hebdomadaires ou bimensuels indépendants dont les principaux sont : N'Djaména Hebdo, Le Progrès, Contact, Le Temps, Lobservateur. Lespace radiophonique a été ouvert y compris à des stations étrangères. Cest le cas de Radio France Internationale (RFI) qui émet en FM à N'Djaména. Laccès aux médias publics nest cependant pas aisé pour lopposition qui essaie de faire paraître ses propres publications.
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